Regarder vers le ciel et sur la terre

Culte du dimanche 27 janvier 2008
Par André Boulagnon - Publié le Dimanche 27 janvier 2008    
Nous ouvrirons nos Bibles et nous y ferons plusieurs lectures.
- la première sera dans Esaïe 51/1-8 : « 51.1 Écoutez-moi, vous qui poursuivez la justice, Qui cherchez l'Éternel! Portez les regards sur le rocher d'où vous avez été taillés, Sur le creux de la fosse d'où vous avez été tirés.
51.2 Portez les regards sur Abraham votre père, Et sur Sara qui vous a enfantés; Car lui seul je l'ai appelé, Je l'ai béni et multiplié.
51.3 Ainsi l'Éternel a pitié de Sion, Il a pitié de toutes ses ruines; Il rendra son désert semblable à un Éden, Et sa terre aride à un jardin de l'Éternel. La joie et l'allégresse se trouveront au milieu d'elle, Les actions de grâces et le chant des cantiques.
51.4 Mon peuple, sois attentif! Ma nation, prête-moi l'oreille! Car la loi sortira de moi, Et j'établirai ma loi pour être la lumière des peuples.
51.5 Ma justice est proche, mon salut va paraître, Et mes bras jugeront les peuples; Les îles espéreront en moi, Elles se confieront en mon bras.
51.6 Levez les yeux vers le ciel, et regardez en bas sur la terre! Car les cieux s'évanouiront comme une fumée, La terre tombera en lambeaux comme un vêtement, Et ses habitants périront comme des mouches; Mais mon salut durera éternellement, Et ma justice n'aura point de fin.
51.7 Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice, Peuple, qui as ma loi dans ton cœur! Ne craignez pas l'opprobre des hommes, Et ne tremblez pas devant leurs outrages.
51.8 Car la teigne les dévorera comme un vêtement, Et la gerce les rongera comme de la laine; Mais ma justice durera éternellement, Et mon salut s'étendra d'âge en âge. »
- et ensuite Esaïe 51/12-16 : « 51.12 C'est moi, c'est moi qui vous console. Qui es-tu, pour avoir peur de l'homme mortel, Et du fils de l'homme, pareil à l'herbe?
51.13 Et tu oublierais l'Éternel, qui t'a fait, Qui a étendu les cieux et fondé la terre! Et tu tremblerais incessamment tout le jour Devant la colère de l'oppresseur, Parce qu'il cherche à détruire! Où donc est la colère de l'oppresseur?
51.14 Bientôt celui qui est courbé sous les fers sera délivré; Il ne mourra pas dans la fosse, Et son pain ne lui manquera pas.
51.15 Je suis l'Éternel, ton Dieu, Qui soulève la mer et fais mugir ses flots. L'Éternel des armées est son nom.
51.16 Je mets mes paroles dans ta bouche, Et je te couvre de l'ombre de ma main, Pour étendre de nouveaux cieux et fonder une nouvelle terre, Et pour dire à Sion: Tu es mon peuple! »
- et enfin dans le Psaume 121/1-2 : « Je lève les yeux vers les montagnes…D’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Eternel qui a fait les cieux et la terre. »
Il y a un verset qui m’a non pas heurté mais interrogé davantage c’est le verset 6 dans ce chapitre 51, où l’Eternel dit à Son peuple par la bouche d’Esaïe : « Levez les yeux vers le ciel, et regardez en bas sur la terre. » Une pensée m’est venue : Comment peut-on regarder au ciel et sur la terre en même temps ? C’est chose difficile. J’avais une spécialité quand j’étais gamin, c’était de regarder un peu partout, sauf les poteaux. En général, je me suis « payé » je ne sais pas combien de poteaux dans les rues de Paris parce que je ne regardais pas en face de moi.

Il existe dans le vaste infini, en dehors de rencontres et d’événements dont la science parvient à annoncer la date à une seconde près, une marge d’inconnu. L’absolu est absolument divin, le relatif est absolument terrestre. Lorsque nous songeons aux fabuleuses distances qui nous séparent du monde stellaire, du monde des étoiles, et aux secrets qu’il renferme encore, nous comprenons le sens de cette distinction entre la terre et le ciel : Regarder en bas et regarder en haut. La terre et le ciel semblent opposés comme deux régions de l’Univers qui sont étrangères l’une à l’autre. Notre piété chrétienne - piété d’adoration et d’espérance, mais aussi piété de l’amour et de l’adoration - peut bien reprendre à son compte la définition prophétique des deux gestes : « Lever les yeux vers le ciel, regarder en bas sur la terre. » Nous allons voir quelle est l’une après l’autre évidemment cette double dimension à laquelle nous sommes appelés à regarder, vers le ciel et vers la terre.

Le prophète Esaïe, on peut dire, consolateur inspiré des Juifs exilés, s’adresse à un peuple vaincu et découragé. Je fais un bref rappel historique. Il y a eu plusieurs déportations au cours des siècles. La première concerne les dix tribus d’Israël en 722 av. J.C. et celles-ci vont être déportées. Et 136 ans après, en 586 exactement av. J.C. Juda et Benjamin, ces deux tribus vont être déportées vers Babylone par Nébucadnetsar. Le prophète Esaïe a vécu entre le 8ème et le 7ème siècle et sous plusieurs rois de Juda.

Déporté sur les rives de Babylone, Israël a vu la gloire de Jérusalem anéantie, le temple de l’Eternel profané et détruit. Courbé sous le joug de l’orgueilleux empire qui lui a ravi sa patrie et sa liberté, le peuple de Dieu prend douloureusement conscience de sa misère. Cela a été une véritable catastrophe pendant cette longue période de désespoir, d’errance pour Israël au nord et Juda au sud. Que signifie ces quelques tribus aujourd’hui dispersées et asservies, au sein des grandes puissances qui se disputent la domination de l’Orient d’alors ? Israël n’est plus qu’une poussière de peuple, son élite a été massacrée et il ne reste plus que quelques unités dispersées à travers de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Irak. Et parmi les survivants, beaucoup trouvent dans leurs épreuves et leur dépouillement l’excuse même de leur incrédulité. On trouve encore exactement la même chose dans notre 21ème siècle, lorsque les chrétiens passent par les difficultés, les épreuves, les tristesses de la vie, bien souvent c’est une simple excuse à leur incrédulité que de dire : « Ecoutez, si vous passiez par où je passe, vous ne seriez pas du tout dans l’état de servir le Seigneur, de Le louer et de L’adorer. »

Le regard que le serviteur de Dieu promène sur la terre est lourd de mélancolie, c’est ce que nous lisons dans le livre du prophète Esaïe. Qu’offre-t-elle à ses yeux la terre ? Sinon le spectacle révoltant du triomphe des païens, et l’infortune sans remède des enfants de Dieu, persécutés, méprisés à ce moment-là. Pourtant il sera le chantre de l’espérance. Il va encourager les siens à regarder un peu plus loin que la terre et à regarder vers le ciel. D’abord ce présent n’est qu’un fugitif instant d’une longue Histoire, celle que Dieu inaugura en adressant vocation à Abraham. Jadis, tout un peuple est issu de cette famille, d’un patriarche, à qui avait été donnée la grâce de croire et d’obéir. C’est d’un homme que va naître un peuple : Israël. Demain, l’Eternel pourra ressusciter Israël du tombeau dans lequel il semble être complètement coincé, et il pourra relever les murs de la cité sainte, et faire retentir à nouveau en Sion les hymnes de l’allégresse et les cantiques du bonheur. Tout cela est pour le futur. Je rejoins cette image que j’ai prise tout à l’heure, quand nous, les enfants de Dieu, sommes dans un état de désespérance morale ou physique, nous avons un peu cette même tendance. Nous voyons le temps présent et nous oublions de regarder à Dieu parce que le futur Lui appartient et tout est entre Ses mains : le présent comme le temps à venir. Le temps présent n’est que passager, il y a des difficultés que nous pouvons rencontrer en tant qu’enfants de Dieu mais il y a le fait que Dieu tient tout entre Ses mains et que rien ne Lui échappe de ce qui nous concerne.

Puis soulevé d’un coup d’aile, le coup d’aile de l’inspiration, le prophète plane au-dessus de la terre et au-delà même de l’Histoire. Ce que Dieu prépare, ce n’est pas seulement une restauration nationale de Son peuple, comme Esaïe l’annonce c’est la création : « De nouveaux cieux et une nouvelle terre. » (Es.65/17). Plus tard, l’apôtre Jean dans l’Apocalypse l’annoncera aussi. Esaïe a détourné ses yeux de la vue de ce monde où il y a tant de sang versé, tant de larmes répandues, il a levé les yeux vers le ciel non pas un court instant, mais avec insistance en se disant : « Envers et contre tout, il y a de l’espérance malgré ce que mon peuple est en train de traverser. »

Et voici, une vérité inouïe s’impose à son esprit : « Le ciel aussi un jour s’évanouira comme la fumée chassée par le vent. Ce qui soutient son espérance, c’est la vision du Dieu souverain, dont les cieux et la terre, qui sont Son ouvrage, sont incapables d’enfermer toute la gloire, dont l’Esprit trône au-dessus de tout ce qui est visible et périssable. Tout ce que nous touchons, tout ce que nous voyons disparaîtra un jour. Quand viendra le temps du délogement, je sais que l’on préfère en général parler d’autre chose, mais il faut en parler de temps en temps, Dieu nous fera la grâce également de Lui faire parfaitement confiance pour ce temps et pour l’éternité. Quand les choses d’en bas ne pourront plus nous suffire, il faudra que nous jaillissions vers en haut, de toute manière c’est le lot de tout un chacun à moins que le Seigneur revienne demain.

Son intention de salut, inaccessible aux tempêtes de l’Histoire, comme à celles de la nature, subsiste pour tous les temps, et Sa volonté s’accomplira, dussent les cieux et la terre s’effondrer en quelconque inconcevable catastrophe. La terre et les cieux cesseront mais la Parole de Dieu et les promesses de Dieu demeurent, c’est ce qui me réjouit au-travers des difficultés que nous pouvons rencontrer les uns et les autres et que je peux rencontrer aussi. Pourquoi ? Car ce que Sa bouche a dit Sa main l’accomplit toujours. Il n’a jamais failli à aucune de Ses promesses et le temps et l’éternité nous le prouvent, le temps puisque nous sommes enfermés dans le temps, l’éternité ensuite viendra. Nous sommes déjà si notre cœur appartient au Seigneur, à l’heure de l’éternité, le temps nous prouve que lorsque Dieu promet quelque chose, Il agit. Il nous demande de regarder au ciel et aussi de regarder sur la terre, nous allons voir ce que cela veut dire pour chacun d’entre nous.

L’élan de l’Esprit permet à Esaïe de répandre sur cette page sublime un rayon d’aurore, qui annonce la prédication du Royaume de Dieu. Je pense au prophète Elie, entre autres, à d’autres hommes de la Bible, qui ont vu au-delà du temps présent. Elisée aussi a vu les chars et la cavalerie de l’Eternel, le prophète était entré dans une autre dimension. Je ne dis pas cela pour que nous commencions à avoir des ailes dans le dos pour planer au-dessus des contingences de la vie, il faut toujours garder un parfait équilibre entre le ciel et la terre. Ceci donc, parfois, pas tous les jours évidemment, Dieu nous permet de lever un petit coin de voile et de nous faire entrer dans des dimensions qui ne sont pas toujours terrestres. Ici, le prophète Esaïe va stimuler son peuple pour leur dire que même s’ils sont dans la souffrance à l’heure actuelle, un autre jour viendra où la souffrance aura complètement disparue et ils verront également de leurs yeux la gloire de Dieu.

Tandis que Israël n’attend que le rétablissement du royaume anéanti, le prophète, lui, voit des peuples lointains, les habitants des îles, se tourner vers le Dieu dont la Loi veut éclairer toute l’humanité. Il voit au-delà, il a une vision extraordinaire qui dépasse le cadre immédiat, c’est ce qu’il nous faudrait avoir comme vision, quelque chose qui dépasse notre cadre visuel habituel. Le peuple périt par manque de connaissance dit un prophète. Je pense qu’il nous faut marcher avec une vision de ce qu’est Dieu d’abord, de ce qu’est Jésus-Christ, de ce qu’est la puissance, la Personne de l’Esprit, une vision de ce que Dieu est capable de faire dans chacune de nos vies, non pas forcément quand les choses vont mal mais quand elles vont bien également. C’est une vision intérieure que nous avons et avec laquelle nous pouvons marcher pourquoi ? Parce que dans les temps difficiles cette vision restera imprimée sur nos cœurs et nous pourrons dire : « Seigneur, je sais d’où je viens et je sais où je vais car c’est Toi qui conduis ma vie et qui la tiens. »

Tandis qu’Israël attend que paraisse dans le ciel quelque signe qui annonce la fin de l’oppression, et prévoit le retour dans le pays des pères, le prophète s’ouvre à une autre perspective : celle d’un salut qui durera éternellement. Comme les individus dévorés, générations après générations, par l’abîme du silence, nations et races et frontières seront bouleversées et détruites, les astres pourront s’éteindre, les cieux s’évanouir. Une réalité subsiste au delà du monde et au delà de la mort : Dieu, Sa volonté, Son amour, Son salut. L’apôtre Paul dira que si l’on espère seulement en Dieu ici-bas on est le plus malheureux des hommes. C’est pour cela que le Seigneur nous exhorte à regarder plus haut, vers le ciel pour que nous ne soyons pas effrayés lorsque des temps difficiles passent sur nos petits cœurs et nos petits corps.

Tout est mortel dans notre vaste Univers, les beautés de la terre ne sont que pour un court laps de temps. Les lumières du ciel auront leurs soirs et seront résorbées par la nuit, mais dans cet Univers et au-dessus de lui se révèle Dieu, le Dieu qui ne meurt point. Cela doit nous réjouir profondément, quoi qu’il advienne, le Seigneur est vivant. Nous avons tendance à l’oublier quand les choses vont mal. Heureux qui, portant Dieu dans son cœur, se sent attaché à l’Eternel, il peut braver l’ennemi, la souffrance et la nuit. Quand nous nous sommes convertis au Seigneur, nous avons déjà franchi un tout premier pas dans le monde de l’éternité, nous vivons déjà à l’heure de l’éternité, elle est déjà inscrite en chacun de nous, si nous appartenons au Seigneur, pour les autres c’est très différent. Au-delà du ciel, au-delà de la terre, il a salué Celui qui les unit, les domine et les peuple de Sa préférence. Le Seigneur nous prend totalement et individuellement, rien de ce qui nous concerne ne Lui échappe.

Lever les yeux vers le ciel
Qu’est-ce que cela veut dire ? Instinct humain – mais qui ne trouve sa portée salutaire que dans l’affirmation du psalmiste : (Ps.121/1-2) : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Eternel qui a fait les cieux et la terre. » En dehors de la prière qui ne se repose qu’en Dieu, la religion des yeux levés au ciel se perd dans l’illusion, la stérile paresse et le néant du rêve. Songez à ces sagesses païennes, dont l’influence a, en certaines heures de l’Histoire, pénétré l’Eglise et dont l’idéal se définissait par la volonté de s’enfuir loin du monde, de déserter les luttes d’ici-bas, de renoncer aux devoirs de la famille et de la cité, de faire violence même à cet amour de la vie que le Créateur a enraciné dans notre cœur. Beaucoup se sont installés en essayant de fuir ce monde en regardant uniquement vers le ciel et en se disant : « Cela ne vaut pas la peine de continuer à vivre dans un monde aussi « pourri » » j’emploie ce mot à bon escient.

Bel idéal, certes, que celui d’une existence de méditation, traversé par ce souci : « Pourvu que je gagne le ciel, que m’importe tout le reste ! » Donc, tentative d’isolement, de fuir le monde, de n’avoir qu’un regard tourné vers le ciel et jamais vers le bas, vers la terre. Jésus a dit : « A quoi te sert-il de gagner le monde si tu perds ton âme ? » Mais Il nous enseigne aussi celui-là précisément perd son âme, qui se dérobe au devoir de l’amour et au rude service des pèlerins de la terre. Le lévite et le prêtre qui ont passé sur la route au bord de laquelle gisait un malheureux blessé, étaient peut-être en train de lever les yeux vers le ciel, en récitant des prières pour tromper la longueur du chemin ou pour s’assurer leur salut. Mais leur condamnation, c’est qu’ils n’ont pas su regarder en bas sur la terre.

Lever les yeux vers le ciel. Il est des heures où nous ne voyons pas d’autres ressources en face des ténèbres qui règnent ici-bas, et en présence aussi de la visite de la mort. Et pourtant la vue du ciel et la poésie de l’infini, nous bercent parfois d’un rêve qui n’est point encore la vraie consolation. Où aller chercher dans les sphères lointaines ceux que notre affection ne doit plus croiser sur nos chemins familiers de la vie ?

Où situer le pays de Dieu ?
Nous comprenons que le pays de Dieu, ce n’est ni la terre ni le ciel de nos astronautes. C’est un pays qui embrasse l’Univers total, comme l’océan qui entoure l’île, comme l’atmosphère qui enveloppe la planète. C’est un au-delà du ciel et de la terre que découvre notre espérance, le monde où triomphe Dieu, le Dieu de l’amour et de l’Infini. Je lève les yeux… Et lorsque au-delà de la voûte azurée, je vois se dresser dans la gloire du monde supérieur la figure de mon Sauveur vivant, alors je salue Celui qui, en me montrant le Père, a jeté un véritable pont entre le ciel et la terre. Je salue cette gloire et aussi en même temps je prends conscience de ma misère d’homme.

Je sais que nous vivons encore sur la terre avec tout ce que cela comporte de joies et de douleurs, mais on peut avoir le cœur dans le ciel tout en ayant les deux pieds sur la terre. C’est absolument simple d’une certaine manière quand on a la foi, quand on voit au-delà du fini, quand on jette notre regard et l’ancre de notre foi vers l’Infini. C’est là qu’on se rend compte que les promesses de Dieu sont réellement oui et Amen, quoi qu’il advienne. C’est ce Dieu de l’Infini qui vient toucher notre fini humain, qui en son temps nous permettra d’aborder l’Infini. Je lève les yeux, vers qui ? Vers Celui qui est amour et vous ne Le verrez qu’en aimant ce Dieu d’amour. Voilà pourquoi notre piété ne peut en rester à l’attitude des yeux levés vers l’invisible. Elle ne comprend la prière que comme prélude à l’action. La prière est une très bonne chose, elle est indispensable, mais si nous ne faisons que prier, nous risquons certainement d’avoir une soif d’infini et qui sera peut-être autre que celui qui oublie de la faire, mais il y a toujours une double dimension verticale et horizontale. Il y a cette nécessité de prier, d’élever nos âmes vers le ciel, de regarder vers le haut, mais en même temps il y a cette nécessité de regarder en bas, autour de nous, à notre porte, pour savoir ce qui se passe près de nous. Le regard vers le ciel ne doit que nous renvoyer plus fort et plus vaillant aux combats d’ici-bas.

Regarder en bas sur la terre
Tout le monde sait le faire ou presque. Comme nous sommes parfois las de voir tout ce qui se passe en ce monde : crimes impunis, injustices sans nom, les triomphes bruyants ou secrets de l’impiété, les plaintes des victimes… ! Avec l’âge nous sommes plus que rassasiés de voir tout ce qui se passe. Nous avons une telle somme d’informations qu’il nous est difficile de toutes les absorber. Oh ! abîmes de péché et de souffrances, que nous voyons et entendons ! Oh ! incendies de haine et de folie, en face desquels notre amour ne sera jamais que la dérisoire goutte d’eau jetée sur un brasier géant ! Peut-être vous êtes désespérés et vous dites : « Nous sommes si peu de chrétiens sur la terre et parfois même nous n’arrivons pas à nous entendre entre nous et nous sommes si peu en face d’une telle tourmente, que faire ? Comment pouvoir faire face ? » Le regard vers le ciel est un moyen et le regard vers la terre en est un autre.

La tentation nous menace peut-être de dire à Dieu : « Permets-moi de ne plus regarder le monde, tout sonore des cris de la haine et de la guerre. » Si vous ouvrez la télévision ou autre, vous êtes abreuvés jour après jour de ces drames internationaux et nationaux. Quand nous savons que des millions d’hommes sont en train de mourir de faim et que de la nourriture est gaspillée et jetée… il y a toute une révolte qui jaillit en nous parce que le monde est ainsi fait, il est sans Dieu. On pense souvent à ces paroles du prophète Jérémie (Jér.9/2) : « Oh ! si j’avais au désert une cabane de voyageurs, j’abandonnerais mon peuple et je m’en éloignerais ! » autrement dit : « Si Tu m’emmenais en quelque cabane du désert, je pourrais contempler Ton ciel et oublier la terre. » Je sais que c’est tentant quand on voit tout ce qui se passe ici-bas d’avoir cette cabane et de fuir le monde et dire : « J’en ai assez, Seigneur, je n’ai plus soif de ces choses. » Notre rôle d’enfants de Dieu n’est pas d’avoir une cabane au désert mais d’être présent dans ce monde, c’est sûr, et de l’affronter en lui donnant un motif d’espérance et ce motif, l’homme de la rue va le trouver au travers de chacun d’entre nous, si nous avons nous-mêmes cette espérance en Christ quelles que soient les difficultés rencontrées, que nous puissions dire à ceux que nous côtoyons : « Je sais que tu peux rencontrer des difficultés mais il y a une espérance pour ce monde : une Personne qui ne nous trompera jamais, dont les promesses sont toujours oui et Amen et cette espérance se trouve en Jésus-Christ. » Si le monde qui nous entoure, nos proches, nos familles inconverties le ressentaient au-travers de nous, de notre façon d’être et de vivre dans toutes les circonstances négatives ou positives, ils auraient un peu plus faim et soif du Dieu dont nous parlons tellement facilement mais que nous écoutons si peu.

Dieu nous dit : « Levez les yeux vers le ciel et regardez en bas sur la terre. » Je prends un exemple biblique. Sur le Mont Thabor, au terme d’une série d’intimes communions avec leur Maître, et d’adoration fervente, Pierre, Jacques et Jean ont vu la face du Seigneur Jésus resplendir d’une lumière inconnue, comme un soleil en plein midi. Ils se sentent au seuil de l’invisible, aux frontières du pays de Dieu où tout n’est que splendeur, gloire et pureté. Nous ne pouvons pas nous imaginer lorsque la couche nuageuse est au-dessus de nous, que le soleil brille même si nous ne le voyons pas. Ce qui est important c’est de savoir que Jésus-Christ brille de tous Ses feux. Même si la chape de plomb qui est au-dessus de nos têtes semblerait nous écraser, le soleil brille quand même. Il faut le savoir quand les choses vont plus ou moins bien pour ne pas dire quand elles vont plus ou moins mal.

Pierre dira (Mat.17/4) : « Dressons ici nos tentes, demeurons ici avec Jésus, Moïse et Elie apparus dans la gloire. » Jésus va leur dire : « Non, redescendons dans la vallée. » Là est la grande différence. Que l’on ait les yeux fixés vers le ciel, soit ! C’est bon d’avoir les yeux fixés vers le ciel, de temps en temps, mais c’est bon aussi d’avoir les regards fixés vers les choses d’en bas, voir tous ceux qui sont à notre porte et qui frappent bien souvent pour savoir d’où ils viennent et où ils vont. Pierre, Jacques et Jean voulaient rester dans la paix de la vision céleste. Nous voudrions nous aussi, rester dans la tranquillité et dans la paix et ne pas nous encombrer avec les affaires des autres, c’est le rôle non seulement du pasteur mais aussi de chaque chrétien, non pas de s’immiscer dans les affaires des autres mais de prendre en charge le frère, la sœur, la solidarité n’est pas un vain mot. Notre rôle est d’être des sauveteurs, qui apportent ce que nous avons reçu du ciel, une démonstration de vie.

Jésus dit : « Redescendons vers la vallée » Dans la plaine se déroule une scène atroce. L’enfant épileptique se tord dans ses crises, il avait été amené auprès des autres disciples qui étaient restés dans la plaine et qui étaient impuissants à le libérer. Jésus va redescendre vers la vallée où L’appelaient des larmes et des cris et où demain s’ouvriraient pour Lui les voies de la douleur, du sacrifice, et bientôt le chemin de la Croix.

Quand vous aurez levé les yeux vers le ciel, vers Dieu et vers le Messie Jésus, vous saurez regarder sur la terre d’un double regard, le voici :

- 1. Vous verrez tout ce qui ici-bas appartient à la mort et est promis à la ruine et au néant. Vous verrez toute la formidable œuvre du péché des hommes, toutes leurs folies, toutes leurs hontes et les fleuves de douleur qui sortent de ces sources empoisonnées, tout cela n’est que pour un temps. Si nous constatons, si nous voyons ces choses jour après jour, disons-nous que tout cela n’est que pour un temps, il y aura des temps nouveaux sur cette terre. Cette terre et ses fausses gloires, ses tumultes, ces crimes, tombera en lambeaux. Esaïe et l’Apocalypse l’annoncent.
- 2. Mais l’autre regard, lui, s’arrête sur le passage de Dieu dans les réalités d’ici-bas. Vous n’êtes pas seuls, nous ne sommes pas seuls ici-bas, quoi qu’il advienne Dieu est avec nous. C’est une réalité à vivre, ce n’est pas de l’utopie, quelles que soient les circonstances que nous traversions, Jésus ne nous abandonnera pas. Esaïe dit : « Si une mère abandonne ses enfants, moi l’Eternel, Je ne t’abandonnerai jamais. » Dieu n’est pas plus près des astres de notre firmament que de notre planète, et pas plus voisin du Royaume des anges qu’Il ne l’est de l’humanité, à laquelle Il a donné Jésus-Christ et sur laquelle Il a répandu de Son Esprit. Il est tout près de ceux qui L’invoquent. Ce n’est pas la peine de crier très fort, le murmure doux et léger que nous prononçons intimement, Il l’entend.

Sur la terre, Dieu passe et repasse, Dieu travaille, Dieu sauve, Dieu guérit, Dieu vient. Quand il est dit : « Seigneur, viens bientôt ! » C’est l’aspiration des chrétiens ; Paul disait que pour lui, l’essentiel était d’être avec le Seigneur. Ce n’est pas être chrétien que de dire : « Je veux mourir maintenant pour être avec le Seigneur. » Il faut assumer le temps terrestre comme le temps céleste. Ah ! ce ne sont pas nos quotidiens qui portent en manchettes la Bonne Nouvelle : « Le Royaume de Dieu vient. » Ils ont d’autres grandes nouvelles à publier et à colporter dont l’importance sera effacée demain. Si nous savions lire les bulletins de victoires de l’Eglise conquérante ! Les bulletins de ceux qui viennent de loin, de nos champs missionnaires, de ceux qui près de nous démontrent la puissance permanente de l’Evangile !

Votre prière d’aujourd’hui doit être : « Mon Dieu, quand je marche souvent meurtri, las ou blessé, sur les chemins d’ici-bas, montre-moi ce qui est de Toi. Donne-moi des yeux capables de découvrir Ta présence, n’importe où que nous soyons Il est présent, Il est vivant, Il nous aime, c’est difficile à concevoir quand on souffre, c’est là que tous les pourquoi jaillissent. Je sais que tout ce qui est de cette terre n’est que pour un temps, mais je sais aussi que sur cette terre, Jésus a voulu inaugurer Ton Règne, semer Ta Parole et répandre Ton Esprit. » Voilà une merveilleuse transformation de la foi ! A côté de toute l’ombre il y a toute la lumière ! Vous saurez voir alors tout ce qui parle de la bonté du Père : les yeux tout neufs des petits enfants qui sourient à la vie, la merveille de tout ce qui commence et recommence : ces âmes blessées ou souillées, qui lavées par le sang de Jésus et par le pardon de Dieu se reprennent à espérer et à croire, à reprendre à vivre sous la dépendance de Dieu.

Vous saurez voir tout ce qui montre Christ : il y a les chambres de souffrances dont la foi a chassé la révolte, et les vies données de ceux qui n’ont que le souci de servir, et de tant d’humbles démarches, où vous relirez l’une après l’autre, comme autant de pages détachées de l’Evangile éternel. Le Samaritain penché sur le blessé du chemin, la main tendue de la réconciliation, la pauvre veuve qui donne tout, le frère qui porte le fardeau d’un autre frère, et tous ceux qui, sans bruit, chargés de leur croix, suivent le chemin du Christ. Voilà tout ce que l’on peut voir autour de soi.

Ma conclusion se trouvera dans le prophète Esaïe. Enfin, si en quelque heure lourde, obsédés par le silence apparent de Dieu, par l’infini muet du Ciel et par les ténèbres d’en bas, vous êtes tentés de vous écrier comme le prophète Esaïe dans (Es.63/19) : « Où Te trouver, ô Dieu ? Ah ! si Tu déchirais les cieux et si Tu descendais… » Souvent en relisant ce texte j’ai imaginé cela : Que les cieux se déchirent et que l’on voit apparaître la Présence de Jésus. Quand vous lisez le récit de la Transfiguration, vous entrez dans un pays qui se situe hors de nos frontières. Si Tu déchirais les cieux et si Tu descendais, c’est exactement ce que le Seigneur veut faire ce matin pour que nous contemplions Sa gloire, Le voir avec les yeux de la foi, quand on loue le Seigneur on est déjà transporté dans une autre dimension. Prêtez l’oreille à la voix intérieure qui s’élève en vous, et qu’elle réveille votre cœur endormi et votre volonté défaillante pour vous dire :
« Si aujourd’hui dans ta maison, dans ton pays, et sur la terre, tu ne vois rien qui te montre Dieu, lève-toi et agis, et montre Dieu, toi-même par tes actes. Cette ombre où tes frères d’humanité meurent dans le péché, la misère ou la solitude, Christ est venu pour projeter sur elle sa lumière divine. Il y a des frères à aimer, du bien à faire, un message à proclamer. Regarde en bas sur la terre, et pour y faire briller un rayon d’En-Haut, lève les yeux vers le ciel. Le ciel et la terre passeront, mais les Paroles du Seigneur ne passeront point ni Son amour, ni Ses promesses. En Lui nous avons trouvé la puissance qui domine les temps et les espaces, qui encercle le ciel dans un même amour éternel. »
Pour finir lisons (Ps.73/25) : « Quel autre ai-je au ciel que Toi ? Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en Toi. »

AMEN