Le désert : lieu de rencontre

Culte du dimanche 3 février 2008
Par André Boulagnon - Publié le Dimanche 3 février 2008    
Nous ouvrirons nos Bibles et nous y ferons trois lectures.
- la première est dans Exode 3/1-14 : « 3.1 Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
3.2 L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point.
3.3 Moïse dit: Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.
3.4 L'Éternel vit qu'il se détournait pour voir; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici!
3.5 Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte.
3.6 Et il ajouta: Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.
3.7 L'Éternel dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.
3.8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu'habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens.
3.9 Voici, les cris d'Israël sont venus jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que leur font souffrir les Égyptiens.
3.10 Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël.
3.11 Moïse dit à Dieu: Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d'Égypte les enfants d'Israël?
3.12 Dieu dit: Je serai avec toi; et ceci sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie: quand tu auras fait sortir d'Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne.
3.13 Moïse dit à Dieu: J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je?
3.14 Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle je suis m'a envoyé vers vous. »
- puis Jérémie 2/6 : « Ils n’ont pas dit : Où est l’Eternel, qui nous a fait monter du pays d’Egypte, et qui nous a conduits dans le désert, dans une terre aride et pleine de fosses, dans une terre où règnent la sécheresse et l’ombre de la mort, dans une terre où personne ne passe… »
- et enfin Osée 2/16 : « C’est pourquoi voici, Je veux l’attirer et la conduire au désert, et là Je parlerai à son cœur. »

Nous allons parler ce matin du désert qui est un lieu de rencontre, cela peut paraître un peu paradoxal, il en est ainsi. Nous verrons que dans l’Ecriture, les hommes de Dieu, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, sont tous plus ou moins passés par le désert. Il ne faut pas nous leurrer en tant qu’enfants de Dieu, un jour ou l’autre, nous passerons aussi par plusieurs déserts. Nous ne serons pas étonnés, si le désert apparaît dans l’Ecriture Sainte comme étant une terre privilégiée : celle où Dieu se révèle, se fait connaître, non seulement à Israël, mais aussi aux enfants de Dieu, parmi les chrétiens.

Affirmer que le désert est une terre de rencontre semble s’opposer à sa configuration topographique. (Jér.2/6) dit : « Une terre où personne ne passe et où n’habite aucun homme. » Le désert est synonyme de solitude. Je ne sais pas si vous en avez traversé, j’en ai traversé un au Nevada. Quand vous y entrez, on vous met une sorte de grande gourde en matière plastique, car il n’y avait pas à l’époque où j’y étais, une seule goutte d’eau sur 7 à 800 km. Et vous rendez la gourde en sortant du Nevada. En général, le désert quel qu’il soit est très inhospitalier. Pour ce qui nous concerne ce matin le désert va avoir une autre forme d’action. Nous allons bien souvent rencontrer le Seigneur face à face quand nous nous trouverons dans ce désert où personne ne passe. Le prophète Osée, au cœur même du texte qui décrit le drame le plus déchirant connu par un homme de Dieu, évoquant le devenir d’Israël et se référant à son prestigieux passé, écrira (Osée 2/16) : « Je veux l’attirer au désert, et là Je parlerai à son cœur. » C’est en général dans ces temps de désert que Dieu va pouvoir parler enfin à chacun d’entre nous, ce n’est pas quand les choses roulent sur des roues bien rondes, mais parfois quand elles sont un peu plus chaotiques que Dieu va enfin pouvoir nous adresser la parole car nous serons à même de pouvoir n’écouter que Lui et non pas toutes sortes d’autres voix.

Vies burinées au désert
Nous allons prendre quelques exemples de vies qui ont été burinées par le désert :

Moïse
Dieu, au désert rencontre des hommes et la rencontre de l’Eternel avec Son peuple a été préparée bien auparavant par un tête-à-tête extraordinaire avec un homme : Moïse. On divise sa vie tant chez les Juifs que chez les chrétiens en trois temps différents : 40 ans passés en Egypte, ensuite 40 ans dans le désert de Madian, et enfin 40 ans passés dans le désert à conduire plus d’un million cinq cent mille personnes vers la Terre Promise et c’est lui qui se trouvera à la tête de cette immense transhumance. Remarquez qu’avant de conduire son peuple dans le désert, Dieu va conduire Son serviteur Moïse dans le désert pendant exactement le même temps, pendant lequel il devra apprendre qui est réellement l’Eternel. Il a eu une formation égyptienne auprès de Pharaon, mais il va devoir non pas désapprendre mais apprendre à connaître Celui qui l’a appelé et qui veut qu’il mène ensuite son peuple au désert. Dieu va se révéler à ce cher Moïse dans le désert. Nous savons très peu de choses en ce qui concerne les relations de Moïse avec Dieu, avant sa fuite du désert, car il va fuir au pays de Madian. On ne sait pratiquement rien ou presque de ce qui va se passer entre Moïse et Dieu. Le livre des Actes où Etienne prend la parole, dit que Moïse a été instruit dans toute la sagesse des Egyptiens et ensuite, faisant allusion au meurtre de l’Egyptien, qui a été commis par Moïse, il pensait que ses frères comprendraient que Dieu leur accorderait la délivrance par sa main (Actes 7/22-25) et (Héb.11/24-28).
Il est évident que par le moyen de ce récit du livre des Actes, Moïse sentait déjà en lui cette vocation de libérateur de son peuple, mais dans son cœur c’était une sorte de zèle charnel, il n’attendit point l’appel divin et il a voulu agir rapidement car il pensait que ces frères pourraient comprendre pourquoi il avait tué cet Egyptien. Apparemment ses frères n’ont pas du tout compris, quand il va s’adresser à eux pour jouer le pacificateur, ceux-ci lui rappellent qu’il a tué un Egyptien. C’est là qu’il va devoir s’enfuir dans le désert.

Plus tard nous lisons dans (Ex.33/11) : « L’Eternel parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. » Une telle intimité ne pouvait être en fait que le fruit d’une révélation exceptionnelle, elle eut pour cadre le désert. Dans la majorité des cas, pour les chrétiens que nous sommes, c’est souvent dans ces périodes désertiques, que nous traversons les uns et les autres que Dieu va enfin pouvoir nous parler, car toutes sortes de pensées s’agitent en nous quand nous sommes en dehors d’une intimité avec Dieu. Nous voyons et nous entendons beaucoup de choses et nous n’avons pas tellement de temps pour dire comme Samuel : « Parle, Ton serviteur écoute. » Nous avons davantage l’habitude de dire : « Seigneur, tais-Toi, je parle. » Même dans de longues prières, nous n’avons pas le temps d’écouter ce que Dieu a à nous dire, nous disons : « Seigneur, j’ai terminé… » et nous passons à autre chose. C’est dramatique quand nous en arrivons à un tel point que nous n’avons plus l’écoute pour recevoir la pensée de Dieu. C’est alors que nous pouvons faire un peu comme Moïse en d’autres temps : agir précipitamment et échouer lamentablement.

La vision du buisson ardent de (Ex.3/1-10) marque le point de départ de ce face à face extraordinaire. C’est là que pour la première fois Dieu va se révéler d’une façon plus intense, plus intime également à Moïse qui va Lui demander quel est Son Nom ? Dieu va répondre (Ex.3/14) : « Je suis Celui s’appelle : Je suis. » autrement dit : Celui qui était, qui est et qui sera. Cela veut dire que Dieu tient compte du passé, du présent et du futur, parce que pour Lui, tout est éternellement présent. Notre vie passée, notre vie présente et future sont entre les mains de Dieu et nous ne pouvons rien en retrancher. Il sait très bien d’où nous venons, où nous sommes et où nous allons. Il est absolument indispensable que nous sachions d’où nous venons mais aussi où nous allons. Moïse savait d’où il venait, il savait ensuite où il devait aller sous la conduite de Dieu.

Aux heures de découragement, Moïse demande à voir la gloire de Dieu et Dieu répond à sa requête (Ex.33/17-23) : « Quand Ma gloire passera, Je te mettrai dans un creux du rocher et Je te couvrirai de Ma main jusqu’à ce que J’aie passé ; et lorsque Je retirerai Ma main, tu Me verras par derrière, mais Ma face ne pourra pas être vue. » Et le (v .20) dit : « L’Eternel dit : Tu ne pourras pas voir Ma face, car l’homme ne peut pas voir Dieu et vivre. » Il faudrait aussi s’arrêter sur cette page du livre de l’Exode (Ex.34/1-7) : « L’Eternel descendit dans une nuée, se tint auprès de Moïse et proclama le nom de l’Eternel. » On sent ce désir de Dieu de s’approcher de l’homme, de Moïse car il va être un atout entre les mains de Dieu pour faire sortir ce peuple qui était en esclavage pendant 430 années et le mener vers Canaan.

Le but n’est pas le désert, c’est Canaan. Le but ce ne sont pas nos déserts, c’est l’entrée dans la patrie céleste, mais les déserts sont absolument indispensables. Surtout nous n’avons pas à prier pour y passer, ils sont marqués par Dieu. C’est là que Dieu a formé Moïse et c’est là que Dieu va nous former également, quand nous sommes confrontés à une véritable sécheresse spirituelle. Cela peut arriver à chacun d’entre nous, même aux pasteurs aussi. On peut passer par une période aride où rien ne se profile à l’horizon. Nous sommes seuls, personne ne peut nous comprendre, les proches, les amis, les parents n’arrivent pas à saisir ce qui nous arrive et pourtant c’est là que Dieu va commencer à pouvoir nous parler car les voix aux alentours vont cesser et ce sera le calme dans notre cœur pour que Dieu puisse nous interpeller.

Le texte qui suit (Ex.34/29-35) : « La peau du visage de Moïse rayonnait parce qu’il avait parlé à l’Eternel, au point que le peuple ne pouvait en supporter l’éclat. » met l’accent sur l’intensité de cette révélation au désert. On peut imaginer une sorte d’irradiation spirituelle avec en même temps une apparence physique extraordinaire. Je pense à la Montagne de la Transfiguration où Jésus, Moïse Elie apparaissent et Pierre dit : « C’est tellement beau, nous allons monter trois tentes une pour chacun d’entre eux et nous continuerons à les contempler. » Ils devaient être irradiés de cette gloire céleste, inimaginable pour les petits terriens que nous sommes.

Elie
Maintenant nous allons parler du prophète Elie dont la vie a été aussi burinée dans le désert. C’est le grand vainqueur du Mont Carmel qui se trouve à Haïfa. Il va passer par une période désertique il s’enfuit dans le désert, pourquoi ? Parce que la voix de Jézabel a juré la perte de ce prophète de Dieu et entendant cela, il s’en alla pour sauver sa vie. Où va-t-il ? Il va au désert et là il dialogue avec Dieu dans la prière, voici ce qu’il dit (1 Rois 19/1-8) : « C’est assez ! Maintenant Eternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères. » … C’est à croire qu’avant il pensait être meilleur que ses pères. Il y a aussi des chrétiens comme cela, ils pensent que tout ce qui était avant, avait peu de valeur, et tout ce qui les concerne c’est « nec plus ultra » mais de toute manière nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Nous passons tous par des circonstances différentes mais qui sont ce que j’appelle : l’école de Dieu, elle n’est pas toujours facile et peut-être pourra arracher de notre cœur les mêmes paroles qu’Elie : « C’est assez ! Maintenant Eternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères. » Au travers de certains déserts on peut être amené à ce genre de réflexion.

C’est au désert que Dieu conduira Elie à la Montagne de Dieu à Horeb, c’est quand même étrange, Moïse est conduit à Horeb et Elie aussi. Là, Dieu se révélera au serviteur découragé. Il va changer complètement d’attitude, parce que le prophète Elie était l’homme du feu, des flammes, il devait être un homme bouillant, il avait fait égorger 800 prophètes de Baal et d’Astarté. Il avait l’habitude de voir Dieu se manifester dans l’orage, là Dieu va se manifester dans un murmure doux et léger. Cette révélation divine rendra au prophète le mordant d’un acier trempé, quand il va repartir du désert il aura une foi inébranlable, chevillée au cœur. Moïse et Elie, profondes personnalités de l’Ancien Testament sont marqués par l’haleine du désert.

Jean-Baptiste
Le Nouveau Testament trace dans ses premières pages sa silhouette fortement burinée par le vent sec du désert, la plus burinée de toute l’Ecriture est celle de Jean-Baptiste, Jean l’immergeur. Nous avons quelques détails le concernant c’était un homme du désert, il l’est depuis son enfance (Lc.1/80) dit : « Or, l’enfant croissait et se fortifiait en esprit. Et il demeura dans les déserts jusqu’au jour où il se présenta devant Israël. » Donc, il y est pratiquement né. Homme du désert, il l’est par son existence. Jean avait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de miel sauvage et de sauterelles. Homme du désert, il l’est, car (Lc.3/2) dit : « La Parole de Dieu lui fut adressée dans le désert. »

Quand vous avez été formée à l’école du désert, les circonstances peuvent vous apparaître plus ou moins lourdes à supporter, néanmoins vous avez une foi qui est presque inébranlable, vous savez qui est Dieu. C’est à ce moment-là que Dieu va se révéler dans Sa puissance, dans Son amour à votre égard. Il vous dira certainement : « Tu es Mon enfant, nul ne te ravira de Ma main. » C’est dans ces déserts-là, quand nous ne pouvons compter sur personne d’autre, que sur Lui que nous voyons, que nous pouvons attester après coup en général qu’Il est un Dieu extraordinaire et Il est un Père pour tous ceux qui se confient en Lui. Sa formation, son message concernant la proximité du Royaume (Mat.3/1-12) ne sont pas le fruit d’un long séjour au pied de quelque docteur célèbre de la Loi, mais tout cela est le fruit d’un long dialogue avec Dieu au désert.

Quand vous passez par un désert quelconque, c’est là que vous vous posez les vraies questions, celles qui ont un retentissement éternel. Quand les choses vont de plus en plus mal, et que vous êtes seul confronté à vos problèmes, à vos difficultés ou à vos douleurs morales, physiques ou spirituelles, c’est là que Dieu va pouvoir vous parler, vous montrer qu’Il est seul capable d’intervenir dans vos souffrances ou vos misères. Dans (Ex.14) Dieu va dire à Moïse : « Regardez la délivrance que Dieu vous a préparée. » D’un côté il y a la soldatesque égyptienne et en face il y a la mer Rouge. Les Israélites étaient pris en sandwich, rien ne se passait apparemment et pourtant Moïse a dit : « Regardez la délivrance que Dieu vous a préparée. » Apparemment tout est calme, rien ne se passe à vues humaines, Moïse voit l’invisible, Dieu a préparé : une issue de secours pour le peuple et pour nous.

Jésus-Christ
le Fils de Dieu, dans Son Incarnation, a recherché la Présence de Dieu aux heures des choix, ou des grandes options. A l’heure de la popularité, le désert est Sa retraite, comme à l’heure de la chasse à l’homme car Son heure n’était pas encore venue.

Paul
l’apôtre est un autre familier du désert. C’est un des aspects de sa vie qui reste dans la pénombre. Dans (Gal.1/11-24) lui, le disciple de Gamaliel affirme, d’une part que son Evangile (Gal.1/12) : « Il ne l’a pas appris ni reçu d’un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. » et d’autre part, qu’il partit pour l’Arabie après sa conversion. Combien de temps y est-il resté et qu’a-t-il appris ? Nous ne pouvons pas entrer dans les détails des différentes thèses concernant ce voyage en Arabie, mais il apparaît que c’est au désert que son Evangile lui a été révélé par Dieu.

On peut dire que le désert est un chemin de rencontre, d’abord avec Dieu, c’est là que nous allons le rencontrer de façon exceptionnelle, plus que lorsque les choses vont bien. Le désert est aussi un chemin de rupture, un chemin au cours duquel nous allons devoir rompre avec tout un passé, rompre avec une mentalité d’esclave, cela a été le cas avec les enfants d’Israël pendant 430 années en Egypte, afin qu’ils apprennent à dépendre complètement de Dieu dans le désert. Il y a nécessité de rupture avant qu’il y ait nécessité de dialogue. On rompt avec le passé, c’est terminé avec lui, et on s’engage ensuite dans une voie complètement différente.

Jusqu’au moment où Moïse va conduire son peuple dans le désert, il y avait une certaine méconnaissance, quoiqu’il y avait certains rituels encore en Egypte, mais les enfants d’Israël n’avaient plus de contact réel avec leur Dieu, quoique certains aient encore maintenu la flamme. Ceci dit après 430 ans d’esclavage, ils vont malgré tout garder en eux cette mentalité-là. Nous en tant qu’hommes nous ne faisons pas mieux, tant que nous n’avons pas rompu complètement avec notre passé avant de connaître le Seigneur. Il y a ce grand risque de garder et de raisonner avec cette mentalité ancienne, alors que Dieu veut nous conduire. C’est dans le désert, dans des temps difficiles que Dieu va pouvoir s’adresser à nous et que nous allons peut-être écouter et obéir.

Au terme de ce développement, nous devons souligner le rapport étroit qui existe entre révélation et parole. Dieu va se révéler à Israël, Dieu va se révéler aux chrétiens que nous sommes. Qu’il me soit permis de rappeler ici que l’Histoire de l’Eglise a été jalonnée de mouvements spirituels qui, voulant être un retour aux sources, ont été un retour au désert. Si un jour vous allez du côté de Alès (près d’Anduze http://www.museedudesert.com/article13.html ) vous pourrez visiter le musée du désert, c’est là que nos anciens pasteurs prêchaient la Parole de Dieu au risque de leur vie.

Il nous faudrait étudier en détail le chapitre 19 de l’Exode pour mesurer la portée de ce texte (Ex.19/17) : « Moïse fit sortir le peuple du camp à la rencontre de Dieu. » Moïse, qui connaissait bien son peuple, était certainement persuadé qu’il manquait au peuple ce face à face avec Dieu. Il fallait que le peuple tout entier apprenne à connaître ce Dieu qui les faisait sortir de l’esclavage pour entrer dans le désert. Dieu aurait pu les envoyer directement de Kadès-Barnéa à la frontière sud de Canaan en onze jours seulement, nous dit le livre du Deutéronome. Mais il a fallu tourner en rond 40 années dans le désert, au cours d’environ 57 étapes avant d’entrer enfin en Canaan.

A la lumière du commentaire de l’épître aux Hébreux, nous savons que le peuple refusa néanmoins d’entendre Dieu (Héb.12/18-29). Ici, aussi révélation et parole sont deux données qui s’imbriquent. Le Dieu saint se révèle au peuple dans Ses jugements. Là, j’attire votre attention, la sanction qui va frapper la génération qui décriait le pays (Nb.14/1-4) où coulent le lait et le miel est terrible (Nb.14/29-35) : « Vos cadavres tomberont dans le désert…Vous saurez ce que c’est que d’être privé de Ma présence, Moi, l’Eternel J’ai parlé… » (Ps.106/24) : « Ils méprisèrent le pays des délices ; ils ne crurent pas la parole de l’Eternel. » Il n’y a rien à retrancher et rien à ajouter. Nous pouvons savoir ce que Dieu veut pour chacun d’entre nous, si nous ne croyons pas que cette parole s’adresse réellement à nous, que ce sont des paroles en l’air, nous risquons aussi de voir des sanctions. Ce n’est pas pour vous menacer que je dis cela. Mais je dis qu’il ne faut pas s’étonner parfois que si nous désobéissons volontairement à ce que Dieu nous a demandé de faire, qu’il y ait des retours de bâtons.

L’application partielle ne se fit pas attendre (Nb.14/39-45) Il y aura une victoire des Amalécites sur Israël, alors que cela aurait dû être le contraire, si Israël avait obéi à ce moment-là.

Au cours de cette longue pérégrination du peuple au désert, Dieu voulait lui apprendre que (Deut.8/3) : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de l’Eternel. » Il désirait que ce cheminement fut celui de la foi, qui est l’obéissance à la Parole divine (Rom.10/17) : «La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la Parole de Christ. » J’aime beaucoup cette Parole : la foi ne vient pas de ce que l’on voit, mais de ce qu’on entend. Vous me direz : « Si l’on voit cela y contribue. » Dieu n’emploie jamais un verbe à la place d’un autre, nous le faisons. Si Dieu a employé ce verbe, c’est qu’il y une raison majeure à cela. Voir c’est la marche par la vue et non la marche par la foi. La marche par la vue est une marche à tâtons, parfois nous ne voyons rien.

Autrefois je voyageais avec un cher frère qui est parti vers le Seigneur, c’était le doyen de la faculté de théologie de Vaux sur Seine. Nous allions à Strasbourg toutes les trois semaines pour Radio Evangile. Il a attiré mon attention à propos de la radio et de la télévision. Il m’a dit : La foi vient de ce que l’on entend et non pas de ce que l’on voit. Cela m’est resté gravé dans ma tête, c’était au début quand je faisais de la radio, j’en ai fait pendant 25 ans. L’image est fugitive, tandis que lorsque vous entendez quelque chose, et que cela vous marque c’est en fonction de ce que vous avez entendu, l’image peut passer et elle sera vite oubliée. C’est pour cela que l’on communique l’Evangile du haut de la chaire et à la radio parce que les ondes traversent la terre, les images aussi maintenant. Pendant des dizaines d’années il n’y avait que la radio. La Parole de Dieu a été annoncée jusqu’aux extrémités de la terre. La foi vient de ce qu’on entend et de ce qu’on lit de la Parole de Dieu et non des futilités. Ensuite le Saint-Esprit reprendra les paroles que vous avez retenues, et les martèlera dans votre cœur.

Cette marche au désert à la rencontre où Dieu se révèle, dont le but est la Terre Promise, aurait dû ressembler à celle d’Abraham depuis Charan jusqu’à Sichem (Gen.12/1-9) : « Abraham partit comme l’Eternel lui avait dit…Ils partirent pour aller dans le pays de Canaan. » Il n’en a pas été ainsi, Etienne dit dans (Act.7/39-43) : « Nos pères ne voulurent pas obéir, ils le repoussèrent, et ils tournèrent leur cœur vers l’Egypte…. » Le (Ps.106/19) dit : «Ils oublièrent Dieu leur Sauveur. » Au Dieu qui se révèle, au Dieu qui les aime, ils opposèrent l’éphémère veau d’or, ils préférèrent la divinité qui asservit (Ex.32/1-14) : « Fais-nous un dieu qui marche devant nous… »

Aujourd’hui beaucoup en sont là, leur foi est basée sur ce qu’ils voient, s’ils ne voient pas ils ne croiront pas. Thomas Didyme l’avait dit. Pourtant quand il verra seulement les stigmates de Jésus et que Jésus lui dira (Jn.20/27) : « Avance aussi ta main et mets-la dans Mon côté… » La Parole de Dieu ne nous dit pas qu’il a touché Jésus, mais il dit (v.28) : « Mon Seigneur et mon Dieu… » Jésus ne va pas le reprendre en lui disant : « Tu te trompes, Je ne suis pas Dieu » Thomas est parfaitement convaincu que Jésus est Dieu. Aujourd’hui Dieu parle à Son peuple au désert, cela devient un temps d’angoisse pour Jacob (Jér.30/5-11) écoutera-t-il Sa voix ?

L’exigence du désert : Ecouter Dieu
S’il est vrai que l’homme ne peut voir Dieu et vivre, s’il est vrai aussi que Moïse ne vit Dieu que (Ex.33/20-23) : « par derrière », nous sommes cependant obligés, afin de rendre compte de tous les textes, d’affirmer que Dieu a été vu dans le désert, mais pas de n’importe quelle manière. Beaucoup de théologiens disent qu’ils n’ont pas vu l’Eternel Dieu, Adonaï, le Seigneur, mais ils ont vu l’Ange de l’Eternel qui est une manifestation du Fils de Dieu. Voyons d’abord quatre affirmations :
- 1. La première dit textuellement (Nb.12/7-8) : « Il voit une représentation de l’Eternel. »
- 2. La deuxième est suggestive (Nb.14/14) : « Tu apparais visiblement ou Tu te fais voir face à face (Darby) ou Tu es vu œil à œil »
- 3. La troisième est nette (Ex.33/11) : « L’Eternel conversait avec Moïse face à face. »
- 4. La quatrième (Nb.12/8) : « Je parle avec lui bouche à bouche. »
Nous ne tirerons pas de ces expressions des conclusions, il faut être plus sobre. Si ces textes affirment d’une manière très claire l’aspect concret de la révélation de Dieu, ils gardent le silence quant à la description de ces apparitions. Nous ne devons pas aller au-delà de l’Ecriture. Le but de ces révélations divines n’est autre que de révéler Sa volonté divine. Quand nous sommes placés dans certains déserts où rien ne se passe apparemment et que beaucoup de choses se passent sans que nous les voyions immédiatement, c’est là que Dieu se révélera à nous dans le menu détail. Chaque fois que Dieu se manifeste, Il engage le dialogue, Il parle aux hommes, créant des conditions favorables pour une rencontre avec sa créature responsable, pour un tête à tête fructueux. En définitive, et si paradoxal que cela puisse paraître, ce n’est pas la vision qui est importante en soi, mais c’est ce que Dieu dit qui l’est, c’est Sa Parole. C’est ce que nous allons recevoir au sein même de nos déserts.

Par ailleurs, c’est l’Incarnation du Fils de Dieu, Parole vivante, qui est la révélation totale de Dieu. Dans le Dieu fait homme, Dieu établit un dialogue permanent, des relations personnelles avec l’homme créé à l’image de Dieu. Vous remarquerez que dès le livre de la Genèse, Dieu prend l’initiative de se tourner vers l’homme et de lui adresser la parole : « Où es-tu ? » ils avaient beau se cacher, Dieu savait où ils se trouvaient. Il est dit aussi dans (1 Jn.4/19) : « Pour nous nous L’aimons, car Il nous a aimés le premier. » N’ayons pas la nostalgie de ces manifestations divines (Col.2/10) nous dit : « En Christ, nous avons tout pleinement. » Comme pour le peuple au désert, l’exigence de Dieu est la même : Ecouter Sa Parole, obéir à Sa Parole et ne pas être un auditeur oublieux.

La suprême rencontre
Dans notre vie de croyant nous ne devons pas fuir le désert, dans lequel Dieu nous conduit, Il veut se révéler à nous, afin que nous vivions de et dans Sa seule Présence. Avec des mots humains je n’arriverai pas à décrire cette Présence intime, c’est comme si Dieu disait à ce moment-là : « Tu es dans le creux de Mes mains et nul ne te ravira du creux de Mes mains. » Cela s’expérimente, cela peut s’écrire peut-être, c’est tellement intense de le vivre. On peut avec la grâce de Dieu, dans la prière, dans l’exaltation de plusieurs instants ressentir ces choses. Vous remarquerez une chose, quand Dieu se révèle à Moïse, Il ne va pas prendre le verbe avoir, mais Il va dire : « Je suis Celui qui suis, Celui qui était, qui est et qui sera. » Il ne dit pas à Moïse : « J’ai quelque chose que Je vais te communiquer » Dieu emploie toujours le verbe être. Jésus va reprendre le même verbe : « Avant qu’Abraham fût, Je suis. » et non : J’avais.

Ce désert peut être une cité surpeuplée où nous vivons, notre lieu de travail, notre famille, c’est dans ce monde où Satan règne. Mais Dieu s’est révélé dans ce monde en s’incarnant dans le Christ Jésus qui est l’empreinte de Sa Personne. Là, nous sommes appelés à connaître Christ et la puissance de Sa Résurrection et la communion de Ses souffrances, en devenant conformes à Lui dans Sa mort (Phil.3/10).
Ce n’est que burinés par Dieu au désert que nous serons à la mesure de la stature parfaite du Christ (Eph.4/13).
C’est à l’école du désert, à l’école de la Parole de Dieu que nous grandirons dans la foi, que nous deviendrons adultes.

Quel temps accordez-vous à la lecture personnelle de la Parole de Dieu ? Si vous êtes encore mal affermi, vous vous heurtez alors à l’absurde apparent de votre désert. Vous rendez Dieu responsable de votre désert. Si vous vouliez écouter Dieu, si vous acceptiez de rencontrer Jésus, alors votre solitude serait transformée. Au désert, Jésus vient à vous, Il veut avoir un tête à tête avec vous, Il veut cheminer avec vous dans le désert. Laissez-vous interpeller par Lui, car Il veut donner un sens à votre désert et vous montrer le chemin dans le désert et hors du désert vers la patrie céleste.

AMEN