Une colère sans fin et destructrice.

Culte du 01 Août 2010
Par Franck Lefillatre - Publié le Dimanche 1 août 2010    

Culte dimanche 1 août 2010

UNE COLERE SANS FIN ET DESTRUCTRICE
2 Sam.15/10-12 et 31-34 puis 16/15-23, 17/1-14 et 23

Voici l’histoire d’un homme souvent peu connu de l’Ancien Testament, Achitophel. Cet homme était un proche de David, mais aussi un de ses conseillers importants. Au travers de ce récit, la Bible veut nous montrer comment certains sentiments, tels que la colère, peuvent se révéler destructeurs quand nous les laissons s’installer et grandir en nous.
La colère est un sentiment qui peut devenir très puissant et même incontrôlable. La colère dont il est question ici, n’est pas cette colère passagère, mais celle qui s’alimente et se justifie elle-même en développant toutes sortes de raisonnements. On peut effectivement trouver une légitimité à être en colère. Cette légitimité qui justifie que l’on entretienne de la jalousie, des pensées destructrices, le mensonge ou de l’amertume, nous rend prisonniers de ces sentiments. La colère est une passion qui peut atteindre tous les hommes et même les chrétiens. Elle est au départ comme une semence déposée dans un terreau d’injustices. Qu’un individu ait l’impression d’avoir été traité injustement, d’avoir été mal compris, et voici un terrain favorable pour que la colère puisse se développer. La colère est une semence qui en grandissant, produit des sentiments qui peuvent prendre de plus en plus de place, jusqu’à changer complètement la personnalité et le caractère.

La Bible retrace le développement de cette colère chez Achitophel. Celui-ci était un homme en vue, respecté et écouté. Il est dit de lui que « Sa parole avait autant d’autorité que si on consultait Dieu Lui-même. » (2 Sam.16/23) Le roi David lui-même écoutait les conseils d’Achitophel. Sa famille était fidèle dans le royaume de David. Eliam, son fils faisait partie des officiers proches du roi (2 Sam.23/34). Sa petite-fille Bath-Schéba, fille d’Eliam, était mariée à Urie, un autre des officiers de David. Nous avons là une famille bien établie, respectée et engagée. On pourrait parler aujourd’hui d’une famille chrétienne exemplaire, sur plusieurs générations.
Un drame fut cependant la cause de l’ébranlement de toute la famille et d’Achitophel lui-même. L’armée de David était alors partie au combat, le roi, lui, était resté à Jérusalem. Se promenant sur les terrasses de la ville, il vit de loin une femme en train de se baigner, c’était Bath-Schéba. (2 Sam.11/3 : « David fit demander qui était cette femme, et on lui dit : N’est-ce pas là Bath-Schéba, fille d’Eliam, femme d’Urie, le Héthien ? ») Son mari était au combat, elle se baignait sur la terrasse et David fut séduit par cette femme. Ils couchèrent ensemble, commettant un adultère. En apprenant que Bath-Schéba était tombée enceinte, David fit assassiner Urie. On sait quelles furent les conséquences pour David, et comment Dieu au travers de Nathan parla au cœur de David. Les psaumes 51 et 32 retracent le temps de pénitence et de repentance par lequel David passa jusqu’à trouver le pardon auprès de Dieu.
Mais bien que Dieu lui ait pardonné, les actes de David eurent des conséquences tragiques. Nathan lui avait parlé de cette brebis que le riche avait prise au pauvre (2 Sam.13/1). A ce récit, Da vid avait alors répondu que cet homme devait rendre au quadruple ce qu’il avait pris. De la même façon, David eut à rendre au quadruple : l’enfant conçu avec Bath-Scheba mourut ; Tamar, sa fille, fut violée ; Amnon, son fils, fut assassiné et enfin Absalom se révolta contre lui. Mais il y eut également des dégâts dans la famille de Bath-Schéba. David, Bath-Schéba et Urie ne furent pas les seuls concernés : les deux familles ont été complètement déstabilisées.
Dans la famille de Bath-Schéba il y avait donc son grand-père, Achitophel. Cet homme de Dieu, cet ancien en Israël, fidèle parmi les hommes fidèles, dont la parole était éprouvée, fut profondément blessé par le péché de David et Bath-Schéba. Cet adultère vécu comme un terrible affront déstabilisa sa vie.
Paul nous dit que ce qui a été écrit l’est pour notre enseignement. Ce qui est arrivé à Achitophel est arrivé à des membres de nos églises, et au milieu de nous il y a peut-être des frères qui vivent déstabilisés dans leur foi à cause d’une épreuve, d’un sentiment ou d’un affront qui leur a été fait et qui n’a jamais été pardonné. Ainsi Achitophel demeurait-il malgré tout auprès de David, il le conseillait mais gardait toujours cette blessure en lui. Il n’avait pas cherché à lutter contre l’émotion ressentie lorsqu’il avait appris les faits, sentiments de tristesse bien sûr, de trahison, d’injustice, mais aussi d’offense de la part du roi. Bien au contraire, il avait entretenu cette blessure et avait laissé un esprit de vengeance l’infecter.
Le plus grand danger qui menace celui qui est ainsi blessé, c’est de trouver une légitimité à sa colère, à sa jalousie, à son amertume. Achitophel aurait pu dire : « C’est normal que j’aie une telle colère. Dieu n’a-t-il pas envoyé Nathan, le prophète pour condamner David ? N’a-t-il pas dit qu’il devait rendre au quadruple ce qu’il avait pris ? Dieu n’a-t-il pas condamné l’enfant qui était dans le ventre de Bath-Schéba ? J’ai le droit d’être en colère, d’avoir ce désir de vengeance en moi. J’ai été humilié, je ne peux pas oublier. Dieu lui-même a condamné. » Ce qui peut paraître légitime dans un premier temps devient un piège. Au milieu de nous, il y a peut-être de telles situations de colères, des sentiments étouffés qui sont comme des feux qui couvent. Ces personnes vivent avec cette colère, des jalousies, des émotions si fortes qu’ils se persuadent de leur bon droit et s’enferment toujours plus dans leur raisonnement.

Un jour favorable arriva pour que cette colère éclate. Achitophel attendait ce jour. Absalom qui voulait prendre la place de son père et devenir roi, le fit appeler, lui, le conseiller principal de son père. Achitophel, apparemment, répondit tout de suite à l’appel d’Absalom, Peut-être pensait-il que Dieu lui ouvrait enfin la porte de la justice. Achitophel fut introduit auprès d’Absalom et le conseilla. Absalom lui demandait effectivement comment agir alors que la conjuration se mettait en place, et que David et son armée étaient en fuite. Les conseils qu’Achitophel donna à Absalom furent les suivants : « Non pas la nuit mais le jour, sur les toits de Jérusalem, non pas une femme mais les dix concubines, que David avaient laissées, et aux yeux de tous, tu vas les prendre. » De tels conseils traduisent bien la colère qu’il y avait dans le cœur de cet homme ! L’adjectif « odieux » (« … Tout Israël saura que tu t’es rendu odieux à ton père… » (2 Sam.16/21), souligne la force des sentiments d’Achitophel. Ce terme signifie un impossible retour en arrière. Que Bath-Schéba soit allée vers David, était un acte odieux à ses yeux. La mort d’Urie qui s’en était suivie, avait été tout aussi odieuse au cœur d’Achitophel. Il voulait provoquer le même sentiment dans le cœur de David mais avec plus d’intensité encore. Achitophel signalait là son impossible réconciliation avec le roi. Mais il ne se contenta pas de cela car ce qu’il voulait avant tout, c’était la destruction totale de David. Il y avait eu l’adultère de David avec Bath-Schéba, la mort d’Urie, il y aurait l’adultère d’Absalom avec les concubines de David et la mort de David. Achitophel proposa donc d’envoyer une armée de douze mille hommes pour surprendre le roi, lui, le seul objet de sa colère (« Je le poursuivrai pendant qu’il est fatigué et que ses mains sont affaiblies, je l’épouvanterai, et tout le peuple qui est avec lui s’enfuira. Je frapperai le roi seul. Et je ramènerai à toi tout le peuple ; la mort de l’homme à qui tu en veux assurera le retour de tous et le peuple sera en paix. » 2 Sam.17/2-3). Achitophel réussit ainsi à déguiser ses projets sous le couvert de sa loyauté envers Absalom.
Le prophète Nathan avait dit à David : « Ainsi parle l’Eternel : Voici, Je vais faire sortir de ta maison le malheur contre toi, et Je vais prendre sous tes yeux tes propres femmes pour les donner à un autre, qui couchera avec elles à la vue de ce soleil. Car tu as agi en secret ; et Moi, Je ferai cela en présence de tout Israël et à la face du soleil. » (2 Sam.12/11-12) Achitophel se disait peut-être qu’il accomplissait ainsi la volonté de Dieu. Il y a des gens qui sont dans leur colère, leur animosité, leur amertume, leur rancune, leur jalousie ou leur mensonge, et qui savent choisir un verset biblique pour légitimer leur comportement. Ils s’appuient sur une parole de Dieu mais la déforment complètement. Dieu n’avait pas besoin d’un instrument de vengeance : si Achitophel a accompli cette prophétie, cela ne légitime pas pour autant son comportement.
Achitophel était sur le point de réussir, parce que sa haine et son acharnement contre David prouvaient à Absalom qu’il pouvait compter sur lui. Si l’armée, ce soir-là, était bien partie de Jérusalem à la recherche de David, les projets d’Achitophel auraient pu s’accomplir et David trouver la mort. Mais Dieu contrôlait toutes choses et a manifesté une fois encore sa bonté envers David alors en fuite. Dieu suscita donc Huschaï, l’Arkien, un autre conseiller de David qui retourna vers Absalom. Le conseil qu’il lui donna était moins bon que celui d’Achitophel. Huschkaï n’était pas là pour donner de bons conseils à Absalom, mais pour préserver les intérêts de David. Dans sa fidélité, Dieu est intervenu et a mis un terme à la colère des hommes. Aux chrétiens qui se sont laissés prendre eux-aussi par un esprit de colère, Dieu dira également à un moment donné d’arrêter. L’offense de David à l’égard d’Achitophel était sans aucun doute terrible et immense, mais Dieu ne pouvait permettre que les projets d’Achitophel aboutissent.
Absalom prit ainsi le parti d’Huschkaï. Quand Achitopohel comprit cela, il n’attendit pas l’issue du combat. Il nous est dit qu’: « il scella son âne et s’en alla chez lui dans sa ville.» (2 Samuel 17/23) Il était certainement suffisamment expert en stratégie militaire pour savoir que son conseil était le bon pour Absalom et que celui d’Huschkaï le conduirait inévitablement à la défaite. Il faut comprendre également que la colère de cet homme avait été privée de son exutoire. Achitophel ne vivait plus que pour voir la mort de David. Alors qu’il avait enfin la vie du roi entre les mains, celle-ci lui avait échappé et sa propre vie n’avait donc plus aucun sens. Cet homme qui était pourtant un homme de sagesse, était maintenant rongé par la colère.
Il m’est arrivé de rencontrer des frères, des sœurs qui ont été dévorés intérieurement par de tels sentiments. Ils ne vivaient plus que pour l’accomplissement de leur colère, de leur rancune, de leur amertume. Elles étaient devenues leur identité. La colère est un feu destructeur. Elle avait besoin d’accomplir son œuvre : en rentrant chez lui, la colère d’Achitophel se retourna contre lui, et il se pendit. Cet homme est mort plein de colère, tué par sa propre colère.
En conclusion je dirai qu’on ne peut pas réduire l’importance de la faute de David. Il est à l’origine de toute cette histoire, l’a payée cher aussi bien familialement que dans son entourage proche. Les répercussions du péché sont plus importantes que ce que nous pouvons imaginer. L’histoire de David et Bath-Schéba n’est pas simplement celle d’un adultère et d’un meurtre : deux familles en ont subi les conséquences et plusieurs vies ont basculé à cause de cet acte. Toutefois, à aucun moment, la Bible ne justifie pour autant la colère d’Achitophel. A aucun moment, Dieu ne légitimera la jalousie, la rancœur, l’amertume, la colère. Tu as beau dire : « C’est mon droit, j’ai été offensé, on s’est rendu odieux à mon égard. » En cela tu as peut-être raison, mais les sentiments que tu laisseras grandir en toi, ne sont pas des sentiments selon le cœur de Dieu. L’histoire d’Achitophel vise à instruire tout particulièrement les chrétiens. Nous pensons justement en tant que chrétiens, être suffisamment forts, sages ou instruits pour ne pas nous laisser dévorer par de tels sentiments, mais si un homme comme Achitophel a été détruit par de tels sentiments, sachons à notre tour rester vigilants. Ces sentiments sont tellement puissants qu’ils peuvent nous emporter nous aussi. Ils prendront appui sur un terrain d’injustice et seront semés dans le creux d’une blessure.
La Bible nous donne cependant un moyen pour nous en sortir. Elle ne légitime pas la colère d’Achitophel, elle ne passe pas sous silence l’affront de David, mais nous montre au travers de ce dernier un chemin d’espérance et de guérison. Ce qui était dans le cœur de David n’était pas de la même nature que ce qui était dans le cœur d’Achitophel. David est passé par un processus de repentance, de restauration et de guérison. Achitophel n’aurait-il pas pu trouver la même guérison ? Peut-être aurait-il dû faire siennes ces paroles de David : « Tant que je me suis tu, mes os se consumaient, je gémissais toute la journée… je T’ai fait connaître mon péché… » (Ps.32/3, 5) Achitophel aurait alors pu dire comme David : « Je T’ai fait connaître ma colère, je ne T’ai pas caché mon iniquité ; j’avouerai mes transgressions et Tu as effacé la peine de mon péché » Si Achitophel s’était repenti, il aurait pu dire : « Tu as effacé la peine de ma colère » Mais Achitophel a laissé la colère l’emporter et s’est laissé enfermer dans cette prison.
Ma crainte, c’est qu’il y ait de frères et des sœurs blessés, habités par un sentiment d’injustice, d’affront, qui entretiennent en eux ces forces destructrices pour leur foi et même pour leur vie. Il y a en eux des choses qui sont étouffées, cachées, et qui tels des feux rampants attendent simplement le moment favorable pour ressurgir avec plus de force encore.
Mon frère, ma sœur, tu dis peut-être : « J’ai raison sur mon mari, sur mon épouse, vis-à-vis de tel frère, telle sœur, tel pasteur…, à l’église, on m’a offensé… etc. » L’esprit dans lequel tu te complais maintenant n’est pas l’Esprit du Seigneur. Tu peux utiliser des arguments trouvés dans la Bible, mais pour toi ce ne sont plus que des mots détachés de leur inspiration divine. Si tu n’y prends pas garde, tous ces sentiments que tu as accueillis en toi finiront par l’emporter. Tu es déstabilisé dans ta foi mais le Seigneur est capable de t’apaiser. Alors fais comme David, au lieu de laisser les choses couver dans ton cœur, va trouver le Seigneur. Accepte d’ouvrir ton cœur devant Lui. Anne devant le Seigneur a répandu l’amertume de son âme. Répands la colère de ton âme devant Lui, répands la jalousie, l’amertume de ton âme devant Lui, afin que ces sentiments ne l’emportent pas sur toi, mais que le pardon, la guérison et la restauration viennent au contraire envahir ton cœur.
AMEN.



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