Vision 2011: La formation, clé de la croissance

Pasteur Franck Lefillatre - Culte du 10 octobre 2010
Par Franck Lefillatre - Publié le Mardi 12 octobre 2010    

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LA FORMATION : CLE DE LA CROISSANCE

Alors que je cherchais quelle pourrait être la direction de l’année à venir, le Seigneur m’a ramené vers un verset que j’avais déjà bien étudié et sur lequel j’avais déjà prêché. Il a mis l’accent sur un mot particulier de ce verset, celui de « perfectionnement », et m’a montré son importance pour la croissance de l’Eglise. En l’étudiant, j’ai reçu la conviction que ce que je vais partager avec vous n’est pas une simple idée personnelle, une pensée qui ne serait valable que pour une église particulière, dans une situation particulière. Je suis convaincu au contraire que ce thème que nous allons aborder est le moyen choisi par Dieu en vue de la croissance de son Eglise.

Pour commencer ce partage qui renvoie donc également à la vision et au programme que nous allons développer tout au long de cette année, je voudrais vous adresser deux questions. Ces deux questions nous replacent au cœur de notre vocation. Si nous acceptons d’y réfléchir, nous remonterons à la source de notre foi, de notre présence dans l’église, mais aussi à la source de notre compréhension de l’église. Si nous sommes prêts à écouter la réponse que l’Evangile donne à ces deux questions, notre approche de l’Eglise et de notre église locale en sera bouleversée. Nous en reviendrons à l’idée de ce qu’est l’Eglise dans les Actes des apôtres, et si nous répondons concrètement à ces deux questions, l’église s’engagera à son tour dans une véritable croissance.

Ces deux questions sont très simples. L’une des deux me concerne en tant que pasteur : elle concerne les prédicateurs, les pasteurs, les anciens. L’autre nous concerne tous, car nous sommes tous disciples de Christ. La première est la suivante : quelle est ma mission ? Pourquoi suis-je là ? Il ne s’agit pas simplement de savoir quel est mon appel, mais quel est le but de mon appel, le but de ce que j’accomplis au milieu de vous. La seconde question est plus générale : quelle est notre mission à chacun d’entre nous ? Ou plus simplement, pour quelle raison sommes-nous dans ce lieu ?

Dans Ephésiens 4/11-12, il est écrit : « Christ a donné des hommes comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes ; d’autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue du ministère et de l’édification du Corps de Christ. » Le mot que je souligne est « perfectionnement ». Qu’est-ce donc que le perfectionnement ? D’autres traductions proposent à sa place le terme de « formation ». « Dieu donne à Son Eglise des ministères de la Parole en vue de former les saints. » Une autre traduction dit encore : « Pour les rendre aptes à accomplir leur service en vue de la construction de l’Eglise. »

Il y a donc au sein de ce verset une grande vérité qui me permet de répondre à la question : « quelle est ma mission ? » Voici l’énoncé de ma mission, voici le mandat que Dieu confie à ceux qui prêchent sa parole, avec les dons différents qui sont les leurs : vous former pour vous faire entrer dans votre ministère en vue de la croissance de l’Eglise. Voilà ce qui est au cœur du plan de Dieu pour la croissance de l’Eglise : la formation de ceux qui ont été rachetés en Jésus-Christ.

Nous sommes dans un monde qui valorise la formation. Nous sommes encouragés à nous former continuellement, nous en avons besoin. Il y a deux mille ans, dans un monde antique très segmenté, Dieu avait déjà un projet de formation. Il était en avance sur cette société. Je crois que cette parole est tout à fait contemporaine : nous sommes dans une génération qui comprend le besoin d’être formé. Je crois même que nous sommes dans une génération qui a soif d’être formée pour être envoyée. Nous sommes conscients de ce besoin-là, les challenges, les défis qui sont autour de nous nécessitent une telle formation.

Une formation ce n’est pas simplement avoir entendu quelques paroles ou avoir assisté à des conférences. Si vous avez suivi une formation ou si vous êtes encore en formation professionnelle, scolaire ou universitaire, vous le savez. Vous attendez de vos professeurs qu’ils vous conduisent tout au long de l’année scolaire de progrès en progrès. Ils poursuivent un but, ont un plan et une mission à accomplir. Il en va de même pour les prédicateurs de la Parole : Dieu nous a confié un mandat. Nous sommes très loin de cette idée classique de l’église, où les prédicateurs sont comparés à des prêcheurs qui s’adressent à un auditoire écoutant sagement ce qui leur est dit et retournant ensuite à ses activités. Nous sommes dans un temps de formation et telle est là notre mission. Ma mission est de vous former, la vôtre est de vous laisser former en vue de rentrer dans le ministère que Dieu a préparé pour vous.

Je reviens au mot « perfectionnement », traduit ailleurs par « former ; rendre aptes ». En grec, c’est le mot : « katartismos ». « artismos » a donné en français le mot : « artisan ». Un artisan est quelqu’un qui a une capacité, un savoir-faire. Il est capable de produire des choses avec ses mains. Dans la langue grecque classique, ce mot pouvait désigner au moins trois choses:
- remettre en état une ville qui avait été pillée ;
- se préparer en vue d'atteindre un but (par exemple avant qu’un bateau ne parte pour un long voyage) ;
- la préparation d’une armée pour le combat.

Dans le contexte biblique, cette mission consiste alors à communiquer :
1. Un savoir-être : Avant d’apprendre à faire quelque chose il faut savoir être, apprendre à être. L’homme a été déchu par le péché, sa façon de concevoir Dieu en a été profondément altérée. Pour être un serviteur de Dieu, une servante de Dieu, il y a tout un travail de restauration à effectuer.
2. Un pouvoir-faire : Equiper, c’est communiquer des outils spirituels. Paul parle d’armes spirituelles, défensives et offensives. Nous avons déjà longuement parlé de ces équipements spirituels, entre autres les dons spirituels. Nous avons besoin nous aussi aujourd’hui d’équipements techniques, d’équipements professionnels. Certains milieux, certains services nécessitent d’avoir des validations professionnelles, je pense notamment au travail parmi les enfants. Aujourd’hui il faut des diplômes pour travailler parmi les enfants. Il ne faut pas seulement une bonne volonté, un joli sourire. L’état nous impose d’être formés professionnellement. Il y a un savoir-être et un pouvoir-faire : nous désirons être en possession d’un pouvoir-faire.
3. Un savoir-faire : Le savoir-faire ne s’acquiert pas du jour au lendemain. On passe par des temps de formation et de préparation avant de devenir un expert. C’est ce que nous désirons aussi : vous permettre dans un temps de préparation d’acquérir un savoir-faire non seulement spirituel, mais aussi dans votre service.

Si j’avance dans la compréhension du projet de Dieu concernant l’Eglise et concernant chacun de nous, j’en arrive à la deuxième question : quelle est notre mission ?

Notre mission est de participer à la croissance de l’Eglise. Elle ne viendra pas d’un homme avec un ministère extraordinaire, faisant seul tout le travail. Le texte le dit bien : la croissance de l’Eglise viendra lorsque chacun sera impliqué dans son service et aura répondu ainsi à l’appel de Dieu.

Je crois en deux choses qui sont fondamentales : je crois dans le sacerdoce universel et je crois dans le ministère universel.
Quand je parle de sacerdoce universel, je parle de cette promesse que le Seigneur nous fait : « Il a fait de nous un royaume de sacrificateurs. » Il a fallu des siècles à l’Eglise pour réaliser ce que cela veut dire. Pendant plus de quinze siècles, les sacrificateurs, les prêtres étaient une caste à part dans l’Eglise. Ils étaient les professionnels de la religion et les gens les regardaient et les écoutaient. Nous avons compris à présent quel était l’enseignement de Jésus : Il invite chacun de nous à nous approcher de Dieu pour le louer, l’adorer, le prier. C’est notre sacerdoce, il est offert à chacun de ceux qui croient en Jésus-Christ.
D’un autre côté, il existe le ministère universel. Je ne dis pas que nous avons tous reçu un don pour prêcher la Parole, mais nous avons tous une place dans le service de la maison de Dieu. Nous sommes tous appelés à prier Dieu, à le louer et nous sommes tous appelés à le servir d’après son appel et les dons qu’Il nous donne. L’apôtre Pierre dit : «Comme de bons dispensateurs (gestionnaires ou administrateurs, dirait-on actuellement) des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu. » (1 Pier.4/10) Nous avons tous reçu un don pour servir et Dieu nous considère comme des gestionnaires de son royaume. Jésus a commencé à s’occuper des affaires de son Père à douze ans. Êtes-vous de ceux qui vous occupez des affaires de votre Père ? Jésus est notre modèle à chaque instant.

Nous avons donc tous reçu un mandat de Dieu pour participer à la croissance de l’Eglise. Nous devons répondre individuellement, mais aussi en tant qu’église à cet appel de Dieu, même si cela doit nous amener à changer notre perspective de ce qu’est ou de ce que doit être l’Eglise. Nous, les prédicateurs, sommes les premiers concernés. Pourquoi prêchons-nous ? Pour bénir, certainement. Nous prêchons, évangélisons, exhortons, nous enseignons, et essayons d’équilibrer ces différentes bénédictions dans l’année. Si c’est une bonne chose, il nous faut cependant regarder au-delà du simple message. Il nous faut nous rappeler que nous avons un but unique : former des serviteurs. C’est donc en réunissant nos forces que nous pourrons atteindre ce but. Dieu nous confie des âmes, sauvées au prix précieux du sang de Jésus. Il nous dit de faire de ces âmes des serviteurs de sa maison. Ces serviteurs ont besoin d’être enseignés, d’être évangélisés. Ils auront besoin de rentrer dans une dimension charismatique de la vie prophétique. Telle est la formation que nous devons leur apporter.

Nous ne nous lassons pas de dire que nous sommes tous appelés à servir. Je crois qu’il appartient aux prédicateurs de communiquer dans l’Eglise une vision du ministère universel. Cela ne revient pas simplement à communiquer, appeler ou parler, c’est aussi, concrètement, permettre à ceux qui sont dans l’Eglise de servir et les y encourager. Il m’appartient à moi et à mes collègues, de créer des espaces temporels pour vous permettre de vous retrouver et de servir ensemble. Il m’appartient certainement avec les frères et sœurs du conseil d’administration de créer également des espaces financiers, qui permettront à ceux qui ont le désir de répondre à l’appel de Dieu d’avoir les moyens de le faire.
Je dirai aussi, et c’est là une grande difficulté sur Paris, qu’il nous revient de créer des espaces en termes de lieux et de surfaces.

Si nous regardons nos églises, nous nous rendons compte qu’elles ont très peu évolué depuis plus de 1.500 ans. Si nous les comparons aux vieilles églises romanes ou gothiques, nous dirons qu’il n’y a plus de vitraux, de statues… Nos lieux sont très dépouillés, mais au-delà du décorum, la structure reste la même : l’Eglise est avant tout une salle, - certains l’appelleront un temple -, où l’on met des bancs ou des chaises, et où les gens s’assoient pour assister à un office, qu’ils soient catholiques, protestants, évangéliques ou pentecôtistes.

Mais l’Eglise n’est pas que cela. Nos salles témoignent de notre devoir et de notre mission de sacrificateurs. Dans nos salles de prières, nous nous réunissons pour prier, pour prêcher la Parole, pour évangéliser, mais où nous retrouverons-nous pour accomplir notre ministère ? Où allons-nous nous retrouver pour travailler ensemble ? Travailler ensemble est tout aussi important que prier ensemble. Les deux sont nécessaires et les deux s’accomplissent dans le projet de Dieu.
Les prédicateurs et les équipes pastorales doivent savoir se remettre en cause et réfléchir à ce qu’est leur appel, leur mission, et doivent apprendre à dépasser nos schémas cultuels traditionnels. Si pour nous, l’Eglise se résume à venir à une réunion, nous ne faisons pas mieux que les catholiques romains, les protestants, ou d’autres dénominations. Nous avons peut-être amélioré la doctrine, mais au fond nos motivations ne sont guère plus élevées que les leurs.
Je suis convaincu, et beaucoup le sont aussi, que l’Eglise est plus que cela, et qu’il y a besoin de dépoussiérer cet héritage cultuel transmis depuis des siècles, pour revenir à la source de la Parole de Dieu. Cela nous demande de dépasser nos préjugés, car quand il s’agit de parler de sacerdoce : prières, prédications, intercessions, louanges, dons spirituels-, tout le monde est d’accord, mais quand il est question de ministères tels que le développement de l’Internet, de la vidéo, comme d’autres possibilités de travail, nombreuses aujourd’hui, j’entends les mots : activités, activisme… C’est une façon de dire que cela n’a pas sa place dans l’Eglise, parce que l’église est une maison de prières. Je dis encore une fois : Où allons-nous servir ? Le nombre de personnes venues dans cette assemblée, suite à la consultation du site Internet, de vidéos de prédications, à la consultation de nos réseaux sociaux, démontre que ce n’est pas de l’activisme, mais que là vraiment se trouve le ministère de l’Eglise.
Dire que telle ou telle chose n’est pas spirituelle est souvent un moyen de se cacher ou de se voiler la face. Jésus dit des Pharisiens qu’ils sont hypocrites, c’est-à-dire dire des comédiens de la religion. Les tragédiens grecs portaient des masques. Les religieux portent eux-aussi des masques, des masques de grande spiritualité. Ils sont méprisants à l’égard de ceux qui ne font pas comme eux. Mais ne serait-ce pas simplement pour éviter de répondre à l’appel de Dieu ? C’est une question qui se pose et qui demande une réponse.

Que veut dire le mot : « former » ? C’est là encore un raccourci que nous avons souvent utilisé. Nous avons souvent dit : « Si tu es baptisé du Saint-Esprit, tu n’as pas besoin de formation, tu peux servir.» Ce serait oublier que Jésus a formé ses disciples pendant trois ans. Si Jésus a pris le temps de former ses disciples, Lui, le Maître formateur, je pense que nous aussi, nous pouvons consacrer du temps à la formation des ouvriers dans l’Eglise.

Un jour, un pasteur m’a dit : « Aujourd’hui nous avons davantage besoin de formateurs que d’enseignants dans nos Eglises. » Je n’ai pas compris sur le moment ce qu’il voulait dire, mais depuis les choses sont devenues très claires. Nous ne pouvons pas vivre que d’enseignements. Nous avons besoin de formations qui nous permettent de mettre en pratique ce que nous avons reçu. Le docteur n’est d’ailleurs pas le seul à participer à la formation, mais est accompagné de l’apôtre, du prophète, de l’évangéliste et du pasteur. Le docteur n’est cité qu’en dernier. L’évangéliste et le pasteur contribuent à notre formation. Nous avons besoin de tous ces ministères, pour être prêt à servir le Seigneur.

Former, c’est :
1. Réparer. Je ne parle pas ici de réparer les vies brisées par le péché. Il est question ici des serviteurs qui ont été blessés dans le service. De nombreux chrétiens portent des souffrances liées au service. Il y a aussi besoin de réparer les serviteurs qui ont de fausses conceptions. Il en existe beaucoup qui portent sur le service.
2. Ajuster : amener à une bonne compréhension de ce qu’est le service de la maison de Dieu.
3. Equiper spirituellement et techniquement.
4. Entraîner est important. Jésus a formé ses disciples, mais dans Marc.6/6-7, il est dit qu’« … Il les envoya deux par deux avec l’autorité de chasser les démons et de guérir les maladies. » Il faut permettre à des frères et sœurs, jeunes et moins jeunes, de pouvoir s’entraîner.
5. Placer : il faut ensuite pouvoir les placer pour les faire rentrer dans leur ministère. Placer, c’est faire confiance, c’est déléguer sa confiance à quelqu’un.

Nous désirons et nous sommes heureux lorsque des frères et sœurs se lèvent et prennent la responsabilité dans ce que nous leur confions. Nous leur confions une tâche, une fonction dans un esprit de loyauté, de fidélité et de confiance. Si nous nous demandons qui est suffisant pour servir ainsi ? Jésus nous répond qu’il est celui qui nous rend capables de servir.

Si nous acceptons de rentrer dans cette vision de formation des ministères, la Bible nous promet une croissance harmonieuse, un équilibre entre le côté sacerdotal, l’adoration, les prières et le côté ministériel. Les deux aspects grandiront : on ne peut grandir dans le service de Dieu, si on ne grandit pas dans le service auprès des hommes, si on ne se met pas au service de son prochain. Voulez-vous grandir dans l’adoration, grandissez aussi en bénissant vos prochains et en rentrant dans votre ministère. Si nous unissons nos talents, les dons que Christ nous confie, nous verrons l’Eglise grandir. Relisons-le encore pour nous en convaincre Eph.4/12 : il nous est dit que les pasteurs, les enseignants, les évangélistes doivent travailler à la formation des saints, pour les rendre capables d’accomplir leur service et ainsi voir la croissance, l’édification de l’Eglise. C’est ainsi que Dieu fera grandir l’Eglise.

Voilà donc le projet qui est sur mon cœur et sur celui de mes collègues : vous former si vous l’acceptez, et ensemble aller au-delà d’une vision de l’Eglise qui se résume à la prière, la louange, le sacerdoce. Mon souhait est que l’Eglise ait une vision du service, une vision de l’engagement et une vision de bénédiction pour l’extérieur. Cette croissance ne se fera pas sans vous. J’ai envie de vivre pleinement l’appel que Dieu m’a adressé. Ma plus grande joie, c’est de voir quelqu’un se former pour le service de Dieu. Quel que soit ton appel, ton service, sois prêt à l’accomplir parce que tu participeras ainsi à la croissance de l’Eglise !

Si tu réalises que la vie de l’Eglise est bien plus qu’un lieu pour prier, si tu réalises que tu es une semence que le Seigneur veut jeter en terre, pour que tu deviennes un arbre qui porte du fruit, si tu veux vraiment réaliser ta vie, ton appel, si tu es prêt à dire : « Seigneur, je veux me laisser former », je voudrais t’inviter à te lever pour ton Seigneur. Dieu veut vous former pour que vous soyez des ouvriers qualifiés, capables de le servir dans ce monde. Cette croissance se fera avec vous, avec chacun d’entre vous.
AMEN.

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