Construire une vie de prière selon l'apôtre Paul

Série: une vie de prière renouvelée (1)
Par Franck Lefillatre - Publié le Mercredi 26 janvier 2011    
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Construire une vie de prière selon le modèle de l’apôtre Paul


Une vie de prière renouvelée, voilà ce que nous désirons, car nous croyons que nous avons encore beaucoup à découvrir. Pour avoir notre vie de prière renouvelée, grandissante en foi, en puissance et en piété, il convient tout d’abord de décrire comment une vie de prière doit être structurée et diversifiée. Dans la première épître de Paul à Timothée au chapitre 2 et au verset 1, Paul écrit effectivement : « J’exhorte donc avant toutes choses à faire des requêtes, des prières, des intercessions et des actions de grâces… »

Lorsque Jésus conduisit ses disciples à l’écart de la foule pour un temps de retraite spirituelle, il consacra du temps à la prière et les disciples l’observèrent. Nous ne savons pas exactement comment Jésus priait, s’il priait de manière audible ou intérieurement, mais les disciples furent saisis par l’intensité spirituelle avec laquelle Il le faisait. Ils ressentirent certainement toute la présence et la plénitude du Saint-Esprit qui était sur Jésus à cet instant-là. Quand il eut fini de prier, ils s’approchèrent de lui et lui dirent : « Seigneur, enseigne-nous à prier ». Jésus leur donna pour réponse cette magnifique prière du Notre Père. Nous savons que Jésus ne souhaitait pas que nous répétions infiniment cette prière, mais à travers elle il désirait nous donner un guide pour nos prières. Il leur avait dit : « Voici comment vous devez prier ». Il y avait là l’idée de bâtir, de construire. Nous ne sommes pas là pour prier à tout vent, selon ce qui nous passe par la tête, ou encore en fonction des circonstances ou des événements. Mais nous devons au contraire en priant bâtir davantage.
Nous pouvons établir une comparaison entre la prière et la lecture de la Bible. Pour certains une lecture superficielle, voire même un peu hasardeuse, suffit. Ils se contentent de quelques versets et se disent que Dieu va leur parler ainsi. Dieu est capable de le faire, mais Il veut davantage pour votre vie. Il veut nous inviter à nous nourrir d’une manière intelligente et à construire nos lectures. C’est la même chose avec la prière : nous pouvons nous contenter de prier en nous laissant porter par les circonstances, ou prier d’une manière structurée, réfléchie, spirituelle, en vue d’atteindre des buts précis.

L’apôtre Paul mentionne dans ce texte quatre domaines dans lesquels nous pouvons exercer la prière. Des domaines qui sont à la fois complémentaires et progressifs. Il est d’abord parlé de requêtes, de demandes, puis de prières, d’intercessions ou de supplications et enfin d’actions de grâces. Nous allons nous arrêter sur ces quatre points et considérer comment le Seigneur veut nous amener à progresser dans notre vie de prière au travers de ces quatre domaines.

1- Les requêtes ou les demandes.
Les requêtes sont la présentation de nos demandes à Dieu. Leur contenu est aussi vaste que la diversité des besoins de nos vies, des difficultés, des soucis, des obstacles que nous pouvons rencontrer. Nous devons apprendre à demander. Jésus nous a dit : « Demandez et vous recevrez ». Dans son texte, Paul ne méprise pas du tout les requêtes, les demandes, il les place même en premier. La fidélité de Dieu à notre égard est sans borne : Il a à cœur que nous puissions lui adresser nos demandes et lui exprimer nos besoins.

On peut penser d’ailleurs que si les requêtes ont la première place dans cette liste, c’est que cette dimension-là de la prière est certainement celle qui peut non seulement nous apprendre le plus simplement ce qu’est véritablement la prière, mais aussi celle qui peut nous faire grandir. La prière fervente, qui a une grande efficacité, est une prière qui sait atteindre le cœur de Dieu d’une manière particulière. Nous devons alors lever les obstacles à la prière : l’iniquité dans les cœurs, David dit : « Si j’avais conçu l’iniquité dans mon cœur, il ne m’aurait pas exaucé » (Psaume 66.18). Cela concerne ce que l’on peut avoir contre quelqu’un et ce que les autres peuvent avoir contre nous. Dans tous les cas, le Seigneur nous invite à pardonner ceux qui nous ont offensés comme nous aussi nous avons été pardonnés. Le pardon est une base essentielle, obligatoire pour que nous puissions élever nos voix.

En exprimant nos requêtes à Dieu, nous apprenons également à nous accorder à la volonté de Dieu. Nous apprenons à exprimer non pas nos passions ou nos désirs, mais bien nos besoins, parce que l’on peut demander beaucoup de choses, mais comme l’apôtre Jacques le dit : « vous demandez et vous ne recevez pas parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions » (Jacq.4.3). Il arrive bien souvent aussi que Dieu ne réponde pas à nos prières parce qu’Il a préparé d’autres choses pour nous. Tel est là aussi l’apprentissage de la prière.

L’apprentissage de la prière au travers des requêtes permet de découvrir la prière de la foi, ainsi qu’il est dit : « demandez et vous recevrez ». Il n’est effectivement pas seulement dit de demander. Si nous demandons, c’est bien pour recevoir quelque chose, car nous croyons que Dieu est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. Alors si nous prions, c’est parce que nous croyons que nous avons un Dieu qui est capable de répondre à nos besoins. L’expression de nos requêtes est donc un terrain favorable pour apprendre à développer la foi et la persévérance. A certains moments, Dieu nous répondra presque immédiatement, Il devancera même nos prières, mais à d’autres, le Seigneur nous apprendra à patienter et à rester confiants dans sa grâce, dans son amour pour nous.

L’expression de nos requêtes ou de nos besoins est donc un bon moyen pour apprendre à prier et à développer une prière structurée et efficace auprès de Dieu. Mais il est évident que nous devons aller plus loin. Nous devons dépasser, sans pour autant le négliger ou le mépriser, le stade du « bénis-moi Seigneur » et comprendre que la prière est un service, un ministère qui n’est pas réservé aux pasteurs ou aux anciens de l’Église : nous pouvons qualifier la prière de ministère universel dans l’Église. Paul dit même que nous sommes tous appelés à un ministère de prière pour tous les hommes. Après les requêtes, l’apôtre nous parle désormais de prières.

2- Les prières

Il s’agit là d’un terme générique, qui peut couvrir toutes sortes de prières. Mais Paul vise cependant ici quelque chose de plus précis. Quand il parle de prières, il fait allusion à ces besoins qui demeurent présents dans l’Église, en opposition aux requêtes qui, elles, sont plus ponctuelles. Il existe des besoins permanents dans l’Église ou dans l’œuvre de Dieu. Ces prières n’auront pas forcément un objet bien déterminé, mais le Seigneur nous demande de prier aussi pour ces besoins plus généraux. Nous prions par exemple pour avoir plus de sagesse, plus de justice, plus de foi, de paix, de consécration. L’Église doit prier pour cela. Lorsque nous nous engageons dans ce ministère de prière, nous contribuons à retenir la puissance de l’Antichrist, la puissance de son esprit dans ce monde (2 Thess. 2).

Jésus nous dit aussi dans Matthieu 9.38 de prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. Il s’agit là aussi d’un besoin permanent. Nous prions ainsi pour l’église, mais aussi pour nos envoyés en mission, pour l’action du Saint-Esprit, pour l’évangélisation de notre ville. Mises ensemble, ces prières, même très simplement exprimées, forment un faisceau de prières qui tout au long de l’histoire de l’Église a porté son œuvre. Ces prières nous rapprochent de l’Église, de nos frères et sœurs et même de nos envoyés sur les champs missionnaires, car au travers de la prière une union spirituelle se tisse. Nous nous associons ensemble et nos prières sont une bénédiction pour eux. C’est comme cela que l’œuvre de Dieu va de l’avant.

Ces prières rassemblées sont celles de l’Apocalypse, au chapitre 5, où il est question de ces vieillards se tenant devant le trône de Dieu avec des coupes d’or remplies des prières des saints. Nos prières pour nos envoyés, pour l’Église, pour des ouvriers, ne sont pas oubliées de Dieu : Il les garde auprès de lui et bénit ainsi son œuvre à travers elles. Ces prières démontrent au Seigneur notre attachement à son œuvre. Nous lui montrons que nous avons progressé quand nous commençons à prier pour les autres et à prendre à cœur l’œuvre de Jésus, l’Église, l’évangélisation, la mission. Si vous entendez l’appel de Dieu, engagez-vous dans ce service !

Si les requêtes peuvent être associées au verbe « demander », les prières peuvent l’être au verbe « chercher ». Et l’on comprend que cela nous engage davantage. Quand on demande quelque chose à quelqu’un, on attend tout de ce dernier. Mais chercher nous implique, il nous faut accomplir une démarche, fouiller, prendre du temps. Rappelons-nous cette femme qui avait perdu sa pièce de monnaie dans Luc 15. Elle la chercha partout dans sa maison jusqu’à ce qu’elle la retrouve.

3- L’intercession
La prière d’intercession ou prière de supplication est avant tout une prière d’intimité. Ce mot exprime une idée de rencontre. Dans son étymologie, le mot désigne le fait de rencontrer quelqu’un, d’avoir accès à quelqu’un et plus particulièrement le fait d’avoir une entrevue royale et pour nous une entrevue avec le roi des rois. La véritable prière d’intercession, et nous devons comprendre ce point, n’est pas liée à nos clameurs, à nos prises de position, mais à notre communion avec Dieu, notre intimité, notre proximité avec le Seigneur. Nous pouvons citer Abraham qui se tenait dans la présence de Dieu lorsqu’il descendit sur la terre aux jours de Sodome, ou encore Esther qui avait demandé à Mardochée que les Juifs jeûnent pendant trois jours pour qu’elle puisse accéder au roi Assuérus et que celui-ci lui tende le « sceptre d’or ». La prière d’intercession consiste à s’approcher de Dieu et donc à trouver le chemin qui mène à Lui. L’intercession consiste donc à frapper à la porte des cieux, à la porte de Dieu. Cette porte nous est ouverte et Il nous accueille dans sa présence. Mais il est évident que cette porte ne se trouve pas sur la terre mais dans les cieux. C’est une image spirituelle, qui nous montre qu’il est nécessaire de s’approcher de Dieu avant de rentrer dans ce ministère d’intercession. C’est pour cela que Paul le place après les requêtes et les prières qui, elles, nous préparent et nous élèvent au fur et à mesure. Nous réalisons alors que nous étant engagés dans la prière générale pour l’Église, nous possédons en nous-mêmes un fond solide. Nous avons démontré à Dieu notre fidélité dans les petites choses pour ensuite passer à des choses plus importantes, plus élevées dans l’expression de la prière.

La prière d’intercession est aussi une prière de supplication. Il n’est pas question de gémissements. Il n’est pas question non plus de s’apitoyer sur tel ou tel sort. Rappelons-nous Lot, surnommé le Juste par Pierre et qui tous les jours tourmentait son âme, au point qu’il se tenait à l’extérieur de Sodome, ne supportant plus les gens de cette ville qui s’abandonnaient à toutes sortes de passions. Mais après ses gémissements, ses tourments, le soir venu, il retournait dans sa maison au milieu de Sodome. Il s’apitoyait mais ne suppliait pas. Joël nous dit : « Ne déchirez pas vos vêtements mais vos cœurs ». C’est cela la prière d’intercession, la prière de supplication. Nous pourrions prendre d’autres exemples où Dieu cherche un homme qui se tienne à la brèche, qui se sente concerné, qui accepte aussi de transformer ses sentiments en action. Nous citerons Daniel, vieillard de plus de 80 ans, qui, ayant lu dans le livre de Jérémie, qu’après 70 ans de déportation le peuple juif devait rentrer en Israël, n’a pas dit : « Nous y sommes ! Préparons-nous, faisons nos valises et partons ! » Mais après sa lecture et comprenant que le temps arrivait, il se mit à genoux, pria et intercéda pour aller chercher Dieu, frapper à sa porte. Le Seigneur lui envoya alors un ange qui lui dit : « Lorsque tu as commencé à prier, la parole est sortie ». Parlons encore de Néhémie, quelques dizaines d’années après Daniel. Son frère, Hanani, de retour de Jérusalem lui dressa un bilan terrible de la ville qui était dans l’opprobre. Tout était détruit. Néhémie aurait pu simplement se lamenter. Certes, son cœur était ému, mais les sentiments qui naquirent ce jour-là, l’amenèrent plutôt à prier pour Jérusalem, pendant quatre mois, jusqu’à ce que Dieu lui ouvre un accès favorable auprès du roi. Il put alors lui demander l’autorisation de retourner à Jérusalem et rebâtir les murailles. Dieu cherche bien de tels hommes, de telles femmes, concernés qui acceptent de transformer leurs sentiments en action.

Dieu ne veut cependant pas que nous portions toute la misère du monde. Jésus l’a fait d’une certaine manière à notre place. Dans le jardin du Gethsémané, acceptant de dire « non pas ma volonté mais la tienne », il prit la coupe de malédictions et de misères, et rentra dans une prière d’agonie où les pressions étaient tellement grandes que le sang coula de ses tempes. Dieu désire cependant trouver parmi nous des hommes, des femmes qui se sentent concernés et qui puissent dire : « Seigneur, je veux bien prendre un fardeau, je veux bien me sentir concerné par telle ou telle situation ». Dieu cherche quelqu’un de disponible pour prendre un fardeau jusqu’à ce que la bénédiction vienne. Etes-vous prêts à dire : « Seigneur, parle-moi, je veux avancer dans ce ministère de la prière, mets sur mon cœur une situation, non pas seulement pour que je pleure sur elle, mais pour que je prie en apprenant à te supplier. Touche mon cœur d’une compassion qui me mène à l’action » ?

La prière d’intercession est une prière d’intimité, de supplication, elle est aussi une prière de l’esprit. Je dirai même qu’elle est la prière de l’Esprit. Jésus intercède dans les cieux. « Il est toujours vivant pour intercéder en faveur des saints » (Héb.7/25). Mais si Jésus intercède dans les cieux, le Saint-Esprit intercède quant à lui sur la terre, à travers nous. Il est dit dans Rom.8/26-27 que c’est selon Dieu que le Saint-Esprit intercède en faveur des saints. Au verset 26, il est aussi question de l’intercession par des soupirs inexprimables. C’est ici le même verbe « intercéder » qu’au verset 27 dans sa racine grecque, sauf qu’au verset 26, Paul a rajouté un préfixe au radical : « huper », préfixe qui a donné hyper. Paul nous parle donc de « l’hyperintercession du Saint-Esprit ». Nous imaginons déjà la grandeur que peut avoir l’intercession du Saint-Esprit, alors que penser de l’ « hyperintercession » de l’Esprit ? Le Saint-Esprit désire « hyperintercéder » à travers nos vies. Comme Jésus l’a fait dans le Gethsémané dans sa prière d’agonie, sa prière d’hyperintercession. Mais pour que le Saint-Esprit puisse mener une telle intercession, nos cœurs ont besoin d’être travaillés et préparés à cela. Il nous faut avoir une vie de prière structurée, bâtie, cohérente, progressive. Le Saint-Esprit est là et il cherche quelqu’un qui soit prêt à s’engager dans ce ministère et accepte de devenir ce canal pour l’ « hyperintercession », quelqu’un qui sera peut-être même dépassé et aura besoin de tout le soutien de l’Esprit.

Il arrive parfois que ce genre de prières nous amène à aller au-delà de nos paroles, au-delà même des langues que le Seigneur nous donne, pour ne nous laisser d’autre recours que ces soupirs inexprimables par lesquels nous faisons monter vers Dieu nos cris par le Saint-Esprit. Avez-vous déjà connu cela, ces moments d’intense présence de l’Esprit, son souffle divin qui passe à travers nos vies, cette communion avec Dieu ? Les hommes de Dieu, notamment ceux de l’Ancien Testament, nous rapportent que dans ces moments-là leurs forces s’évanouissaient : ils se sentaient comme écrasés mais une puissance extraordinaire se dégageait alors. Car la véritable prière d’intercession par l’Esprit est une prière de puissance, une prière d’autorité et de combat, qui nous dépasse complètement. Prenons l’exemple de Daniel qui fut conduit par le Seigneur à exercer un jeûne partiel, se contentant de légumes sans viandes, priant sans en connaître l’objet, mais participant de la sorte à un combat céleste. Au bout de trois semaines, un ange le visita et lui dit : « Nous avons mené un combat, Michel était avec moi, contre le chef du royaume des perses ». Ainsi, sans le savoir, Daniel avait été utilisé par le Saint-Esprit pour soutenir ce combat par ses prières et ses supplications. Je pourrais citer plusieurs témoignages personnels : notamment celui où je fus tenu éveillé par un sentiment de mort qui m’écrasait. Mon épouse, qui était à mes côtés, n’avait rien perçu. Je me suis levé pour prier pendant deux ou trois heures. Le lendemain, j’ai appris que le pasteur principal de l’église avait eu une grave crise cardiaque durant la nuit. Ainsi le Seigneur m’avait conduit à intercéder jusqu’à ce que la crise s’arrête. J’ai connu cette nuit-là la puissance de la prière de l’Esprit.

4- Les actions de grâces

Je voudrais mentionner simplement trois choses concernant ces actions de grâces. L’action de grâces est tout d’abord un acte d’adoration : c’est l’expression de notre gratitude envers Dieu. L’action de grâces est aussi un acte de proclamation. En rendant grâce à Dieu, nous témoignons de la puissance du Saint-Esprit, de ce que Dieu est capable de faire dans nos vies. Enfin l’action de grâces est une source d’édification de la foi pour celui qui l’écoute. Ce dernier ne dira pas : « je suis jaloux de ce que lui a été béni ». Mais il dira : « Seigneur, ma foi est fortifiée parce que rien ne peut t’empêcher de bénir comme tu le veux ». Et ainsi, d’autres actions de grâces pourront monter encore vers Dieu.

Jésus nous a donc montré un chemin. Il nous a montré comment nous devons prier : en construisant une véritable vie de prière selon le modèle des requêtes, des prières, des intercessions et des actions de grâce. Que Dieu puisse encore nous amener à réfléchir sur cela et organiser ainsi nos temps de prières avec plus d’efficacité. Que Dieu puisse encore nous renouveler dans notre vie de prière.

Amen.


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