L'influence de nos sens dans notre vie spirituelle

Série: L'empreinte des patriarches (2)
Par Franck Lefillatre - Publié le Lundi 28 mars 2011    

L’EMPREINTE DES PATRIARCHES (2) : ISAAC
L’influence de nos sentiments dans notre vie spirituelle

Nous poursuivons notre série de messages sur l’empreinte des patriarches. La semaine dernière, nous avons suivi Abraham sur le chemin qui l’a conduit jusqu’au mont Morija, où le Seigneur lui avait donné un rendez-vous particulier. Nous allons nous arrêter à présent sur Isaac et au travers de son histoire, sur l’influence de nos sens sur notre propre vie spirituelle.

Nous lisons dans le livre de la Genèse : « Isaac devenait vieux, et ses yeux s’étaient affaiblis au point qu’il n’y voyait plus. Alors il appela Esaü, son fils aîné, et lui dit : Mon fils ! Il lui répondit : Me voici ! Isaac reprit : Je suis vieux, je ne connais pas le jour de ma mort. Maintenant prends donc tes armes, ton carquois et ton arc, va dans la campagne et chasse-moi du gibier. Fais-moi un régal comme je l’aime et apporte-le-moi à manger, afin que je te bénisse moi-même avant de mourir. » (Gen.27/1-4)

Au moment où nous le retrouvons, Isaac est déjà un homme bien âgé. D’après les indices que nous donne la Bible, nous pouvons estimer qu’il a alors une bonne centaine d’années. Isaac lui-même trouvait qu’il était vieux. Ses yeux s’étaient d’ailleurs déjà affaiblis. Pour nous, il n’y a rien de bien anormal : nous comprenons qu’un homme qui a déjà franchi une centaine d’années, se soit affaibli et que sa vue se soit détérioré. Mais si nous nous replaçons dans le contexte, à l’époque des patriarches, il nous faut quand même nous interroger sur ce déclin assez rapide, voire même étonnant d’Isaac.

Si nous le comparons à ceux qu’ils l’ont précédé ou qui l’ont suivi, c’est encore plus frappant, parce que c’est à cet âge-là qu’Abraham a eu son enfant, Isaac. Quant à Jacob, c’est à 130 ans qu’il est descendu en Égypte : il avait donc encore de la vigueur pour faire un grand déplacement. Il est étonnant de voir que cet homme Isaac ait tant décliné et ce au point de dire qu’il allait mourir. En fait, nous nous rendons compte qu’il exagérait les choses. Isaac va d’ailleurs mourir bien plus tard. Dans Gen.35/28, il est dit que « la durée de la vie d’Isaac fut de 180 ans. » Entre temps, Jacob va partir au pays de Laban et en revenir. Il va également passer de nombreuses années au pays de Canaan. D’après les estimations que l’on peut faire, 70 ou 80 ans vont encore s’écouler avant la mort d’Isaac. On peut donc se demander ce qui est arrivé à Isaac pour dire plus de 70 ans à l’avance qu’il allait mourir.

La vie d’Isaac fut pourtant plutôt tranquille : il n’a pas eu besoin de voyager comme son père l’avait fait et son voyage en Égypte a été à peu près le seul long voyage qu’il ait fait. Si on compare sa vie à celle de Jacob, quelle différence ! Isaac est d’ailleurs celui qui a vécu le plus longtemps : son père Abraham a vécu 175 ans, et Jacob, lui, est mort à 147 ans.

Alors que s’est-il donc passé pour qu’il en arrive à dire : « Je vais mourir. » ? Nous pouvons reconnaître que le déclin physique n’est pas toujours facilement acceptable. Tous les hommes ne sont pas comme Moïse, qui était encore capable le dernier jour de sa vie de monter sur la montagne, avant d’être emmené par le Seigneur d’une manière assez mystérieuse. Le souci vient quand le déclin physique provoque aussi un déclin moral et surtout spirituel. Il est possible qu’Isaac ait fini par céder à ses perceptions physiques et à l’influence de ses sens. Ses yeux lui ont dit : « Je ne vois plus » Il s’est dit : « Je suis vieux ! C’est fini ! ». Mais ces impressions ont eu des répercussions. Sous l’influence de ses sens, Isaac en est arrivé à prendre de mauvaises décisions, des décisions qui ont eu un impact dans toute sa famille, car elles n’étaient plus conduites par l’Esprit, mais par ses sens. Les décisions qu’Isaac a prises l’ont d’ailleurs amené à la fin de sa carrière spirituelle. Il a précipité cette fin par de mauvaises réactions.

Mon premier point est le ‘goût de la viande’. Quand nos sens dominent, ils affectent sérieusement nos perceptions spirituelles. Isaac s’est laissé déborder par ses sens. Ses yeux étaient en train de s’éteindre, c’est vrai, mais il avait encore des sens qui étaient forts, et notamment celui du goût. Alors que ses yeux s’éteignaient, ce sont aussi ses yeux spirituels qui étaient en train de se fermer. A cause de l’influence de ses sens, Isaac est devenu un homme sensuel, un homme conduit par ses sens. Certains sens étaient en déclin, mais par contre d’autres étaient toujours alertes, comme le goût. S’il est bien un sens qui a peu de qualités spirituelles c’est le goût.

Isaac voyait de moins en moins, mais il continuait de savourer et d’aimer la viande, le gibier. Il s’est dit : « Comme je ne connais pas le jour de ma mort, elle peut venir rapidement, je vais appeler mon fils, c’est un bon chasseur et il va me préparer un plat dont mes papilles sont déjà en train de saliver. » Alors il a appelé Esaü et il lui a demandé cette pièce de viande. Il n’y a rien de mal en soi dans une telle demande, mais si nous regardons la fin du verset 4, il y a pourtant quelque chose qui nous gêne : « Apporte-moi à manger afin que mon âme te bénisse avant que je meure. » L’idée de cette mort imminente, qui était dictée par son affaiblissement physique, va finir par lier la transmission de la bénédiction à la préparation d’un plat : « Prépare-moi ce morceau de viande et je te bénirai » Cela me semble traduire avec évidence un déclin spirituel. Cet homme s’était embourbé dans ses sens.

Quand on le compare à son fils Esaü, nous pouvons effectuer des rapprochements. Rappelez-vous Esaü revenant des champs et disant à son frère (Gen.25/28-32) «…Me voici sur le point de mourir, à quoi me sert ce droit d’aînesse… ? » Autrement dit : « Echange-moi, non pas une pièce de viande, mais échange-moi ces lentilles contre mon droit d’aînesse. » Une même mentalité unissait Isaac et son fils Esaü. La Bible dit que ce dernier méprisa le doit d’aînesse et qu’il fut rejeté de Dieu à cause de cela. Est-ce que Isaac n’aurait pas lui aussi galvaudé la bénédiction de Dieu pour une pièce de viande ? Dans ce cas la conclusion est la même pour l’un comme pour l’autre. A cause de cela Esaü a été rejeté. Quand Esaü est revenu vers son père avec des larmes, la Bible nous dit dans (Héb.12/16-17) qu’il fut rejeté, car il était trop tard. Pour Isaac aussi, à cause de cette façon de faire, il sera trop tard et sa carrière spirituelle sera arrêtée.

Revenons-en maintenant à cette fameuse bénédiction usurpée dans Gen.27/5-26. Rébecca avait écouté ce que disait Isaac. Si le père avait une affection pour Esaü, son fils aîné, Rébecca, elle, avait de l’affection pour le cadet et elle n’entendait pas les choses du même point de vue que son mari. Elle dit à Jacob : « Tu vas te faire passer pour ton frère. Je vais préparer une pièce de viande, tu vas la lui apporter et tu auras la bénédiction de ton père. C’est ainsi qu’il faut faire. » C’est ainsi que Jacob va retrouver son père, déguisé, avec le plat entre les mains. Comme nous le voyons à partir du verset 22, l’ouïe d’Isaac fonctionnait encore bien, il va d’ailleurs reconnaître non pas la voix d’Esaü mais celle de Jacob. Mais ses yeux ne fonctionnant pas bien, il dit à Jacob : « Viens, approche-toi. » Il voulait le toucher pour être certain que c’est Esaü. Le toucher fonctionnait bien lui aussi : il avait encore la sensibilité dans ses mains. Il va prendre les poils de chèvre que portait Jacob pour ceux de son fils Esaü. L’ouïe, le goût, le toucher et même l’odorat fonctionnaient donc bien. Le verset 27 dira : « Il s’approcha et lui donna un baiser. Isaac sentit l’odeur de ses vêtements : puis il le bénit en ces termes : Oui, l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ que l’Eternel a béni. » Puis au (v.28-29) vient la bénédiction : « Que Dieu te donne la rosée du ciel et de la graisse de la terre, du blé, du vin en abondance ! Que des peuples te soient soumis, que des nations se prosternent devant toi ! Sois le maître de tes frères, et que les fils de ta mère se prosternent devant toi ! Maudit soit quiconque te maudira et béni soit quiconque te bénira ! »

Telle est la bénédiction d’Isaac sur Jacob. Je m’interroge beaucoup sur la valeur de cette bénédiction, car comment un homme qui est dans cette situation, dominé, influencé par ses sens, pouvait-il transmettre quelque chose de la part de Dieu, quelque chose marquée par l’Esprit de Dieu ? En lisant ces quelques versets, je cherche véritablement le souffle de Dieu, l’inspiration du Saint-Esprit et j’ai du mal à trouver dans ces paroles d’Isaac pour Jacob, l’inspiration divine, le souffle prophétique. On peut seulement y voir quelques paroles de bénédictions matérielles, quelques paroles que Dieu avait dites à Abraham : « Je bénirai ceux qui te béniront, Je maudirai ceux qui te maudiront. »

Si nous relisons dans Gen.49/1-28 les paroles avec lesquelles Jacob bénira ses fils, nous voyons de quelle manière extraordinaire Jacob va prophétiser sur Juda, annonçant le Messie à venir, le Shilo, la manière dont il va prophétiser sur Joseph, sur Issacar, et sur tous ses fils ! Là, il y a vraiment l’inspiration divine, le souffle prophétique. Mais dans les paroles d’Isaac, on cherche l’inspiration de Dieu, son souffle, le souffle de la prophétie. Selon moi, Dieu n’aurait d’ailleurs pas permis que la bénédiction d’Abraham soit transmise sous le coup d’une folle impulsion, quand Isaac a dit : « Je vais mourir, Esaü, prépare-moi une pièce de viande et je te bénirai. » Cela ne me semble pas possible que ce qui est pur, saint, ce qui est divin et prophétique, soit donné par une espèce de marchandage. Et dans un même temps, comment Dieu aurait-Il permis que Jacob, celui que Dieu aime, (« Il a haï Esaü et Il a aimé Jacob » nous disent les prophètes), s’empare de la bénédiction dans de telles circonstances ?

Je ne suis pas en train de chercher à accabler Isaac et à décharger Jacob : mon point de vue est que Dieu n’était pas présent dans toute cette histoire que nous venons de lire. Dieu n’a pas participé à leur stratagème. Toutefois, je resterai indulgent à l’égard de Jacob, lui que l’on charge souvent en disant : « C’est l’usurpateur, le supplanteur », car après tout, ce n’est pas lui qui a déclenché ces choses, mais c’est le coup de folie de son père Isaac qui a provoqué ces réactions en chaîne.

Isaac, se méprenant sur le compte de Jacob, va donc le bénir. Seulement il y en avait un qui était à la chasse et qui allait en revenir. Esaü avait trouvé son gibier, l’avait abattu et avait préparé un plat. Nous lisons au v.32-33 : « Son père Isaac lui dit : Qui es-tu ? Il répondit : Je suis ton fils premier-né Esaü. Isaac fut saisi d’une grande et violente émotion… » Quand il comprit ce qu’il venait de se passer, en un instant, cet homme, qui était comme mourant, s’est ressaisi et a pu mesurer l’étendue des dégâts, ce que ses réactions occasionnées par la chair avaient pu provoquer. Il comprit que la bénédiction avait été donnée à Jacob, et qu’il ne pouvait la changer. Il comprit aussi que dans le cœur d’Esaü il y avait de la haine jusqu’à la mort pour Jacob à cause de ce qu’il avait fait. Il va se reprendre mais le mal avait été fait : son goût pour la viande avait provoqué la haine au sein de sa famille. Il est écrit qu’Esaü ruminait sa vengeance, se disant : « Mon père va bientôt mourir et nous allons régler la chose entre nous deux. »

La maman Rébecca, qui avait encore de bonnes oreilles, va percevoir la réaction de son fils Esaü et elle va vouloir que Jacob s’en aille. Avant de partir Jacob va retrouver son père lors d’une deuxième et dernière rencontre. Celle-ci va être complètement différente, car à ce moment-là Isaac est un homme qui a repris une connexion spirituelle avec Dieu. Il avait fallu ce moment terrible, cette émotion violente pour qu’il se ressaisisse et qu’il comprenne que la situation dans laquelle il se trouvait avait presque détruit sa famille.

(Gen.28/1-5) : « Isaac appela Jacob, le bénit et lui donna cet ordre : Tu n’épouseras pas une Cananéenne. Lève-toi, va à Paddân-Aram, chez le père de ta mère, et prends là-bas une femme parmi les filles de Laban, le frère de ta mère. Que le Dieu Tout-Puissant te bénisse, te rende fécond, afin que tu deviennes une foule de peuples ! Qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta descendance, afin que tu possèdes le pays où tu habites comme étranger, et que Dieu a donné à Abraham ! Isaac fit donc partir Jacob qui se rendit à Paddân-Aram, auprès de Laban, fils de Bétouel, l’Araméen, frère de Rébecca, mère de Jacob et de Esaü. »

Il y a une différence entre les premières paroles d’Isaac dans le chapitre 27 et ces nouvelles paroles dans le chapitre 28. Dans le chapitre 27 nous voyons des stratagèmes, une usurpation et nous ne voyons pas Dieu. Mais dans le chapitre 28, nous voyons l’Esprit de Dieu qui anime à nouveau Isaac. Isaac appelle Jacob et le bénit sans condition, il ne le bénit pas parce qu’il lui apporte quelque chose, mais parce qu’il est poussé par l’Esprit de Dieu. Il y avait là la reconnaissance du choix divin : Jacob n’était pas l’aîné mais le second. Isaac n’était pas dans l’Esprit quand il avait voulu bénir Esaü.

Plus tard à la fin de la vie de Jacob, Joseph amènera ses deux fils, Manassé et Ephraïm, à Jacob pour qu’il les bénisse. Manassé est l’aîné et Ephraïm le second. Joseph met sur le genou droit de Jacob Manassé et il met Ephraïm sur le genou gauche de son père, mais voilà que Jacob conduit par le Seigneur va mettre sa main droite sur la tête d’Ephraïm le second et sa main gauche sur la tête de Manassé le premier-né. Joseph voudra rectifier en disant qu’Ephraïm n’st pas le premier-né, mais Jacob dira : « C’est ce que Dieu a voulu. » Tel était là encore le choix de Dieu.

Que voyons-nous dans les dernières paroles d’Isaac ? Nous y voyons tout d’abord une référence à son père. Il donne un ordre à Jacob : il lui ordonne de partir dans le pays de sa mère, Paddân-Aram, et d’aller y trouver une femme et non chez les Cananéens où ils habitaient, comme son frère Esaü l’avait fait. Cela nous rappelle Genèse 24 quand Abraham a envoyé son serviteur pour qu’il trouve dans la maison de Bétouel la jeune fille que Dieu avait réservée pour Isaac.

Regardons surtout les versets 3 et 4 : « Que le Dieu Tout-Puissant te bénisse, te rende fécond et que tu deviennes une multitude de peuples ! Qu’Il te donne la bénédiction d’Abraham… » Là il y a vraiment la bénédiction. Nous sentons la différence entre Genèse 27et Genèse 28. Dieu n’aurait pas permis que Jacob s’empare par la force, par des stratagèmes et le mensonge de sa bénédiction sainte et pure. Jacob était l’élu de Dieu et il l’a reçu par grâce. Car on ne s’empare pas de l’héritage de Dieu, de ses promesses. L’épître aux Hébreux dit au sujet d’Abraham qu’il a hérité des promesses de Dieu. Alors lorsqu’Isaac s’est réveillé de sa torpeur spirituelle par cette violente émotion et s’est sorti de la domination de ses sens, il a enfin pu bénir Jacob parce que Dieu voulait qu’il soit béni. Je voudrais vous dire que cet instant-là marque la fin de la carrière spirituelle d’Isaac, car après cela c’est l’histoire de Jacob qui nous est rapportée. Pour moi Isaac a mis fin prématurément à sa course avec Dieu parce qu’il s’est laissé dominé par ses sens.

En conclusion je voudrais dire aux frères et sœurs d’un certain âge au milieu de nous : Courez jusqu’au bout, animés du souffle de Dieu, même lorsque le corps nous dit qu’il est fatigué. Nous nous rappelons que la Parole nous dit que l’être intérieur se renouvelle. Il ne faut jamais dire comme Isaac : « C’est fini ! » ou comme Elie : « Je suis le dernier, il n’y en a pas d’autre. » mais continuez jusqu’au bout par la foi.

Je voudrais dire aux plus jeunes parmi nous : Ce que Dieu t’a promis, Il ne permettra pas que tu l’obtiennes par des mensonges, des stratagèmes, mais Dieu a une véritable bénédiction pour toi et Il te l’accordera.

Je veux dire à tous, je finis encore par cette référence à Isaac : ne vous laissez pas emporter par vos sens, par votre ressenti. On ne ressent pas l’Esprit mais on marche par la foi.
AMEN











 

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